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Quelle stratégie pour l'Inde face à la guérilla maoïste ?


 

Après la deuxième attaque de grande ampleur perpétrée par les naxalites contre des forces de sécurité en un peu plus d’un mois, au Chhattisgarh, le gouvernement peine à trouver des solutions pour lutter contre les "rouges de la jungle indienne".

 

 
 

Est-il envisageable d'entammer des pourparlers avec la guérilla maoïste implantée dans les zones tribales de l'est de l'Inde ou doit-elle être réprimée par les armes? C'est le casse-tête auquel fait à nouveau face le gouvernement indien depuis la semaine dernière, après qu'une nouvelle attaque naxalite contre un bus transportant des paramilitaires a fait près de 40 morts dont une quinzaine de civils, le 17 mai dernier, dans l'Etat du Chhattisgarh.

Répétant que les maoïstes devaient renoncer à la violence le ministère de l'Intérieur P. Chidambaram a exhorté les rebelles à entamner des pourparlers avec le gouvernement, mercredi dernier, mais son offre a rapidement été rejetée. "L'administraion doit mettre fin à l'opération ‘chasse verte' et créer un climat de paix. Nous ne pouvons pas déposer les armes, nous ne sommes pas prêts à ça", a retorqué un haut-responsable des maoïstes ou "naxalites", selon la chaîne CNN-IBN, perpétuant ainsi le status quo.

L'attaque de lundi dernier survient un peu plus d'un mois après que 76 paramilitaires ont trouvé la mort dans une ambuscade maoïste dans la même région, début avril. Dans l'embarras et à cours de solutions, New Delhi et les gouvernement régionaux se renvoient la responsabilité. Le ministre des Finances a assuré le ministère de l'Intérieur de son soutien dans la lutte contre les naxalites, évoquant même la possibilité d'un "soutien aérien" aux forces de police du Chhattisgarh. "La force est nécessaire. Le ministre de l'Intérieur devrait pouvoir se doter de toute la puissance nécessaire", a-t-il déclaré à l'Indian Express.

"L'usage de la force est la seule option", confirme pour sa part Ajai Sahni, directeur de l'Institut pour la gestion des Conflits (ICM), basé à New Delhi. Mais selon lui, la lutte contre la guérilla maoïste doit avant tout être implémenté au niveau régional et non à l'échelle nationale avec un ministre de l'Intérieur enfilant l'habit de "commandant en chef". "La responsabilité principale revient aux Etats et non New Delhi. P. Chidambaram (ministre de l'Intérieur, ndlr), défend une stratégie indéfendable", affirme-t-il.

Si le Chhattisgarh, où a été lancé la fameuse opération "chasse verte" est désormais l'Etat le plus touché, une stratégie coordonnée dans quatre autres Etats de l'est du pays a été mis en place avec plus ou moins de succès. "Certains Etats, comme l'Orissa et le Jharkhand n'ont pas été très coopératifs par exemple", explique Monsieur Sahni.

La rébellion maoïste, qualifiée à nouveau hier de "plus grave menace à la sécurité du pays" par le Premier ministre Manmohan Singh, est considérée comme un problème de maintien de l'odre et reste donc la responsabilité du ministère de l'Intérieur. Une approche qui fait sens, d'après Ajai Sahni, malgré les nombreuses pertes infligés aux forces de sécurité par les naxalites ces dernières années.

Selon le directeur de l'ICM, l'utilisation de l'armée pour écraser la rébellion est à exclure et relève d'une "mentalité Rambo". "Ce n'est pas approprié. Que feront quelques bataillons au Chhattisgarh ? Il n'y a qu'à voir la vallée du Cachemire ! Il faut des ressources et des gens qui connaissent le terrain", assure-t-il

Au sein du parti du Congrès au pouvoir et dans la société civile, de nombreuses voix s'élèvent arguant que le développement des zones maoïstes, parmi les plus pauvres du pays, doit remplacer ou du moins précéder la répression pure et dure. Une théorie qu'Ajai Sahni rejette en bloc, en citant le cas de l'Andhra Pradesh, Etat qui a chassé avec succès les maoïstes de son territoire.

"En 2003-2004, les naxalites étaient présent dans les 23 districts d'Andhra Pradesh et aujourd'hui ils sont absents, à l'exception de passage à la frontière avec le Chhattisgarh et l'Orissa. C'est grâce à la  création de forces spéciales comme les Greyhounds, mis en place dans l'Etat . Les forces de police ont été totalement remaniées", assure le directeur de l'ICM. Il met cependant en garde contre une solution rapide : "Ça ne peut-être qu'une approche à long terme, une guerre prolongée qui s'étend sur plusieurs années, voire plusieurs décennies".

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 25 mai 2010.