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mediaDes soldats américains dans la province de Nangarhar à l'est de l'Afghanistan, le 7 juillet 2018
WAKIL KOHSAR / AFP

 

Lundi 9 décembre, le Washington Post a révélé de nombreux entretiens de personnes impliquées dans la guerre en Afghanistan et la mise en évidence de l'échec des projets américains, connue des présidents George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump.

« Nous étions dépourvus de la plus élémentaire compréhension de l'Afghanistan nous n'avions pas la moindre idée de ce que nous entreprenions », déclare en 2015 Douglas Lute, le général américain trois étoiles chargé de superviser la guerre en Afghanistan, devant le Bureau de l'inspecteur général spécial pour la reconstruction dans ce pays.

En tout, plus de 600 acteurs de la guerre ont témoigné devant cette agence gouvernementale américaine, mise en place en 2008. Ces entretiens explosifs ont été révélés ce lundi par le Washington Post sous le titre « Afghan Papers ». Ils démontrent 18 ans de tâtonnement américain en Afghanistan.

Mais ces documents révèlent surtout comment trois présidents américains, George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump, ont promis monts et merveilles en et pour l'Afghanistan, tout en sachant pertinemment qu'ils ne correspondaient pas à la réalité.

Un manque de visibilité 

Lancée en 2001 par George W. Bush au lendemain des attentats du 11-Septembre, la mission des soldats américains en Afghanistan ne cesse de changer au fil des années. Faut-il transformer ce pays en démocratie ? Ou remodeler l'équilibre des puissances régionales ? Qui est l'ennemi ? Al Qaïda ou les talibans ? Et quid du groupe État islamique ? Le Pakistan, est-il un pays ami ou un adversaire ? « Les gouvernements américains successifs n'ont jamais su répondre à ces interrogations », écrit le Washington Post.

En septembre 2003 déjà, l'ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, se plaint dans une note interne : « Je n'ai aucune visibilité sur qui sont les méchants ». 

Les présidents dans la confidence 

Les révélations du quotidien mettent aussi en évidence l’échec des projets américains de développement dans lesquels sont injectées des sommes faramineuses, l’échec à réduire la corruption galopante ou encore à construire une armée et des forces de police afghanes compétentes.

Les faits sont là et trois présidents étaient au courant. Pourtant, épaulés par leurs commandants militaires et leurs diplomates, ils ont sciemment faussé des statistiques pour pouvoir assurer aux Américains, année après année, qu'ils progressaient en Afghanistan et que cette guerre valait la peine d'être menée.

 

L'illusion de la puissance

« Le mensonge est concentré autour de l’idée que les États-Unis après 19 ans d’intervention ont réussi en partie dans leur effort de construction d’un nouvel État, dans une nouvelle société afghane sans qu’aucune de ces affirmations ait été étayée sur le terrain », résume le professeur en relations internationales à l'Université américaine de Paris, Philip Golub.

Les acteurs sur le terrain, les chercheurs, les agences gouvernementales et internationales savaient que les discours officiels ne correspondaient pas à la réalité. Mais en revanche, la population américaine l'ignorait, souligne Philip Golub. Et ces révélations devraient, selon lui, « contribuer à accentuer la tendance au sein de la population américaine d’exiger un retrait des États-Unis des zones de conflit », pour des interventions qui « n’aboutissent pas et qui, au lieu de manifester de la puissance de la démocratie américaine, font exactement le contraire ».

Le professeur de relations internationales explique les raisons de ces mensonges dans la difficulté - voire l'impossibilité - pour la première puissance du monde à « admettre la défaite ». « C’est l’apparence de la puissance qui est et a été la préoccupation principale, précise Philip Golub. Une apparence de puissance contradictoire puisque les interventions successives démontrent les limites de la puissance militaire »Une« illusion de l’omnipotence des États-Unis »que les présidents successifs, démocrate ou républicains, « plus ou moins éclairés », n'ont jamais remis en question.

 

RFI.fr le 9 décembre 2019