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"Survivre à la grossesse dans la dignité" : un vrai combat en Inde


 

Du 21 au 28 mai se tient à l’Alliance française de New Delhi une exposition fermement militante. A travers vingt photos, elle retrace l’histoire de ces centaines de milliers de femmes, pauvres parmi les plus pauvres, décédées des suites de leur maternité.

 

Afficher l'image Born in the Jungle, le petit  garçon à droite, a vu le jour dans des conditions singulières: sa mère  l'a en effet mis au monde en pleine jungle de Dantewada, tandis qu'elle  tentait d'échapper aux forces armées
"Born in the Jungle", le petit garçon à droite, a vu le jour dans des conditions singulières: sa mère l'a en effet mis au monde en pleine jungle de Dantewada, tandis qu'elle tentait d'échapper aux forces armées
Afficher l'image Deepak, 11 ans, tient dans ses  bras sa frêle et nouvelle petite soeur, survivante miraculée d'un  accouchement qui a coûté la vie à leur maman, Shanti Devi, 35 ans
Deepak, 11 ans, tient dans ses bras sa frêle et nouvelle petite soeur, survivante miraculée d'un accouchement qui a coûté la vie à leur maman, Shanti Devi, 35 ans
Afficher l'image Le système de distribution de  médicaments réservés pour les pauvres ne fonctionnant pas correctement,  le surplus non distribué se retrouve soit abandonné, soit brûlé
Le système de distribution de médicaments réservés pour les pauvres ne fonctionnant pas correctement, le surplus non distribué se retrouve soit abandonné, soit brûlé
Afficher l'image Après le décès d'une personne à  l'hôpital, la famille venue récupérer le corps doit signer un papier  rose, écrit en anglais. Alors qu'ils ne comprennent pas cette langue,  ils signent, et certifient ainsi qu'ils ne veulent pas d'examens  post-mortem
Après le décès d'une personne à l'hôpital, la famille venue récupérer le corps doit signer un papier rose, écrit en anglais. Alors qu'ils ne comprennent pas cette langue, ils signent, et certifient ainsi qu'ils ne veulent pas d'examens post-mortem

La petite fille est au cœur de toutes les attentions. Le khôl qui entoure ses yeux noisette ne saurait masquer sa beauté, ni la force vitale qui la fait rayonner. Née prématurément, elle est miraculée, ayant survécu au drame qui a ravi sa mère, Shanti Devi, décédée quelques secondes après lui avoir donné naissance.

Présente lors de l'inauguration vendredi soir, on la retrouve aussi sur une photo centrale de l'exposition "Mera Haq (mon droit) : survivre à la grossesse dans la dignité". "Je me rappellerai toujours cette scène : petite pièce de deux mètres sur trois, Deepak, 11 ans, qui tient sa sœur dans ses bras tandis que la maman gît à côté, inerte", raconte Marta, jeune femme polonaise qui a cliqué quinze des vingt clichés de l'exposition pour Human Rights Law Network (HRLN), un collectif d'avocats et d'acteurs sociaux œuvrant pour la cause des droits de l'homme.

"Cette petite fille est la star de notre exposition, c'est un vrai miracle !" clame quant à lui Colin Gonsalves, avocat qui a fondé et dirige maintenant le HRLN. Le but du collectif est d'avertir la population et le gouvernement sur le triste record que détient le pays, c'est-à-dire 25% des morts maternelles dans le monde. Les femmes les plus touchées vivent en général en dessous du seuil de pauvreté, et appartiennent aux catégories Scheduled Tribes (STs) et Scheduled Castes (SCs). Alors que les SCs constituent 16% de la population indienne, ils comptent pour 25% des morts maternelles dans le pays.

"Bien sûr, il existe des programmes gouvernementaux pour assurer la sécurité des mères, tout comme des plans d'aide à la maternité. Seulement leur mise en œuvre est défaillante, parce que les femmes ne sont pas considérées comme importantes, parce qu'on les traite comme des animaux", s'insurge Colin Gonsalves. Exemple à l'appui, il nous compte l'histoire de cette jeune fille enceinte, vivant de façon précaire à New Delhi, qui a fini par accoucher "sur le parvis d'un hôpital à Nizamuddin" ; l'administration de ce même hôpital venait de la refuser après avoir constaté qu'elle n'avait pas de logement fixe et ne pourrait pas payer les frais de sa prise en charge. 

D'autres photos mettent en avant d'autres exemples. Comme celui de "Born in the Jungle", un petit garçon qui a vu le jour en pleine jungle, tandis que sa maman fuyait les forces armées dans le district de Dantewada, au Chhattisgarh (centre). Une photo un peu plus loin montre des médicaments par terre, recouverts de poussière. Ils forment le surplus normalement destiné aux pauvres mais qui, à cause d'un dispositif ne fonctionnant pas correctement, n'est pas distribué et se retrouve soit abandonné, soit brûlé.   

Il est vrai que le système a fondamentalement besoin de réformes. En dehors de la corruption, un accès aux transferts sanguins efficace pourrait épargner 75% des morts maternelles dans le pays. Si la machine est grippée, c'est aussi parce que l'accès aux plannings familiaux et autres programmes est conditionné par l'obtention de la carte BPL, pour les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, que beaucoup de migrants économiques illettrés ne possèdent pas.

D'autre part, les hôpitaux abusent de la confiance de leurs patients. A la mort d'un proche, les membres de la famille sont amenés à signer un petit papier rose bonbon, dont ils ne comprennent pas le contenu car écrit en anglais. Il s'agit en fait d'une décharge indiquant que la famille ne souhaite pas entreprendre d'examens post-mortem. La mort n'est alors pas reconnue comme conséquence de la grossesse et les aides ne sont pas débloquées.

L'exposition "Mera Haq (mon droit) : survivre à la grossesse dans la dignité" se tiendra jusqu'à vendredi dans la capitale. En attendant, le procès pour la mort de Shanti Devi, défendu par Colin Gonsalves, devrait avoir lieu cet après-midi à New Delhi. 

Carmelina Bellini, Aujourd'hui l'Inde,  le 25 mai 2010.

 

L'exposition se tient à l'Alliance française de New Delhi jusqu'au 28 mai 2010, 72, Lodi Estate.