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Manmohan Singh fait le bilan de son gouvernement

 

 

Le Premier ministre indien a donné sa première conférence de presse en quatre ans ce matin à New Delhi. Parmi les thèmes abordés : les relations avec le Pakistan, la lutte contre la rébellion maoïste et le bilan «raisonnable » de son gouvernement.

 

Discret chef du gouvernement indien depuis 2004, Manmohan Singh s'est exprimé sur une gamme de sujets ce matin devant les médias, pour sa première conférence de presse en quatre ans. Au delà des relations avec le frère ennemi pakistanais, sujet incontournable et récurrent, le Premier ministre a notamment abordé l'économie. Il a promis de contenir l'inflation galopante, principal grief actuel à l'encontre de son gouvernement, à 6% avant le mois de décembre et prédit une croissance de 8,5% pour l'année fiscale en cours.

Interrogé sur le bilan de la coalition gouvernementale menée par le parti du Congrès (UPA) depuis sa réélection l'année dernière, Manmohan Singh l'a qualifié de "raisonnable", tout en s'empressant de rajouter qu'il était "le premier à penser qu'il fallait faire plus".

Concernant la guérilla maoïste qui continue de sévir dans l'est et le centre du pays, le Premier ministre a réitéré qu'elle représentait la plus grave menace intérieure pour l'Inde, sans toutefois s'étendre sur les solutions pour y mettre fin. Il a également symboliquement pris l'ultime responsabilité pour le "massacre" de 76 paramilitaires par les maoïstes au Chhattisgarh, le mois dernier, ainsi que pour l'accident d'avion qui a fait 158 victimes le weekend dernier à Mangalore.

Manmohan Singh est cependant resté vague sur la question de la création de l'Etat du Telangana et sur les litiges entre différents Etats indien au sujet de la distribution d'eau, affirmant que des "comités" se chargeaient de la question.

Agé de 77 ans, au pouvoir depuis plus de 6 ans (du jamais vu depuis le mandat d'Indira Gandhi), Manmohan Singh a déclaré qu'il avait encore "des tâches à accomplir" avant de prendre sa retraite mais qu'il était néanmoins prêt à passer la main à la jeune génération. "Je pense parfois que c'est au tour de personnes plus jeunes de prendre le relai. Quand le parti du Congrès en décidera ainsi je laisserai ma place à n'importe qui", a t-il déclaré. Le chef du gouvernement, n'a pas indiqué si ce « n'importe qui » pouvait être Rahul Gandhi, le fils de la présidente du parti Sonia Gandhi, se contentant d'affirmer que ce dernier ferait un "très bon ministre".

Manmohan Singh a également nié toute forme de dissidence au sein du Congrès, dont plusieurs ministres se sont exprimés publiquement à titre personnel, allant parfois à l'encontre de la position du parti ces dernier mois. "Le membres du cabinet se sont rencontrés pratiquement toutes les semaines depuis six ans. Donc les ministres ont eu de nombreuses opportunités pour exprimer leurs opinions. Et elles devraient être exprimées en premier lieu au sein du cabinet", a-t-il déclaré en guise de rappel à l'ordre.

Un an après le début de son deuxième mandat, la coalition gouvernementale a obtenu quelques victoires en matière de réforme, notamment le vote du Right to Educaction Bill (droit à l'éducation) et le Women's reservation Bill, qui octroie aux femmes un tiers des sièges au Parlement.

Le bilan de la UPA reste cependant mitigé, voire décevant depuis sa seconde victoire électorale, durant laquelle le Congrès était pourtant sorti renforcé, libéré du joug des communistes, alliés encombrants lors du premier mandat. Les réformes dans les domaines comme les retraites, la banque ou l'énergie sont au point mort et plusieurs grands projets, comme le Food Security Bill, ou l'irrigation  peinent à être appliqués sur le terrain.

De même, les quelque 1000 milliards de roupies déboursés pour la lutte contre la pauvreté n'ont pour l'heure pas donné de résultats concluants. La non-maîtrise de l'inflation qui a fortement affecté les produits alimentaires de base n'a rien arrangé.

Doté d'un gouvernement expérimenté mais en proie à des querelles internes et des lenteurs bureaucratiques, l'architecte de la libéralisation de l'économie indienne devra "faire plus", comme il le dit lui-même, afin d'atteindre ses objectifs.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 24 mai 2010.