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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

En Inde, la culture s’affiche aussi dans les centres commerciaux


 

L’Inde dénombre de plus en plus de "shopping mall", ces centres commerciaux immenses venus des États-Unis. La plupart d’entre eux consacre beaucoup d’importance à l’art et la culture, accueillant dans ce sens des concerts, spectacles et autres manifestations à l’intérieur de leurs murs.

 

 
 

Elles sautent aux yeux des visiteurs. Comme toute armée de fourmis qui se respecte, on dirait qu'elles grouillent, luisant sous le soleil tapageur de New Delhi. Immobiles, ces drôles de fourmis ont la couleur vert bouteille de créatures qui ont longtemps roulé leur bosse.

Elles ont été conçues par l'artiste indien Paresh Maity, avec des parties recyclées d'anciennes motos, et si elles se sont ainsi invitées au sein d'un grand temple de la consommation du sud de la capitale, c'est que la tendance du moment est d'afficher la culture dans les shopping mall. Select Citywalk, créé en 2007, met ainsi à disposition un amphithéâtre en plein air entouré de chemins pour piétons, parsemé de petites fontaines et mignons carrés de verdure. Son nom, "Sanskriti", signifie d'ailleurs "culture" en hindi.

"Les centres commerciaux en Inde ont une fonction sociale que l'on ne connaît pas en France", explique Bénédicte Alliot, attachée culturelle de l'Ambassade française en Inde. Ce sont de hauts lieux de rencontres, familiaux et du consumérisme, qui attirent en général les classes moyennes et aisées, en particulier le weekend. "C'est donc intéressant pour nous de pouvoir utiliser un grand espace public privatisé pour montrer des évènements sympas, à des gens qui ne seraient pas venus les voir autrement".   

Si ce phénomène connaît actuellement un réel engouement, c'est que les centres commerciaux possèdent beaucoup d'atouts, qui priment sur le chaos urbain des autres endroits branchés de la capitale. Ce sont des espaces propres, climatisés et sûrs, qui offrent des services non négligeables, tels des places de parking, ascenseurs et escalators à profusion, des espaces réservés pour les enfants, cinémas, magasins de vêtements, restaurants, bars, cafés et boîtes de nuits. Ils volent ainsi la vedette aux marchés populaires, comme le M-Market de Greater Kailash 1 et 2, mais aussi les célèbres Sarojini et Khan Market. 

Bénédicte Alliot envisage dans ce sens ces temples de la consommation comme des structures "par défaut", pratiques et providentielles. C'est d'ailleurs pourquoi le service culturel s'est rabattu sur Select Citywalk pour organiser certains évènements du festival Bonjour India, de novembre à février dernier. Le concert de Moriarty, groupe de musique franco-américain, ainsi que la parade des Girafes de la Compagnie Off s'y sont par exemple déroulés. "Le spectacle des girafes aurait été impossible à organiser dans les rues bondés de la capitale indienne. Il nous aurait aussi fallu obtenir des autorisations spéciales, ce qui prend des mois".

Importer la culture et l'art dans les shopping mall aidera très certainement à leur propre expansion. Cependant, il risque d'y avoir des conséquences, surtout au niveau social. Il ne faudrait par exemple pas que la perception de l'art se retrouve faussée, en quelque sorte assimilé à un bien de consommation comme les autres. Mais Bénédicte Alliot rassure, il n'y a pas de confusion possible ici : "On est dans la culture du divertissement, c'est-à-dire qu'il n'est pas question d'exposer du Picasso dans un shopping mall. Les évènements culturels qui s'y déroulent relèvent de la culture grand public, que l'on trouve par exemple en Angleterre".

La volonté de la culture et de l'art d'aller à la rencontre des gens en Inde, en s'exposant dans les shoppings mall, est sûrement une bonne impulsion pour les intéresser. Il faut espérer que ce public, restreint et privilégié, fera à son tour l'effort de pousser un peu plus la porte d'un univers riche, qui ne s'arrête pas au bout d'un escalator dans un centre commercial.    

 

Carmelina Bellini, Aujourd'hui l'Inde, le 24 mai 2010.