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Des étudiants népalais protestent contre la nouvelle carte de l’Inde, où une région du Népal est présentée comme indienne. Photo Navesh Chitrakar / ReutersDes étudiants népalais protestent contre la nouvelle carte de l’Inde, où une région du Népal est présentée comme indienne. Photo Navesh Chitrakar / Reuters

 

Sur une carte publiée le 2 novembre par Delhi, la région népalaise de Kalapani, occupée par l’armée indienne depuis 1962, apparaît comme partie intégrante de l’Inde, soulevant la colère à Katmandou.

Et de deux. Après avoir publié début novembre une carte s’attribuant l’entière souveraineté sur le Cachemire, en englobant les territoires sous administration pakistanaise et chinoise, l’Inde s’approprie maintenant la région de Kalapani et de sa rivière, Kali, qui se trouve officiellement… au Népal.

“Cette nouvelle cartographie politique de l’Inde crée l’émoi au Népal”, où les autorités n’ont pas tardé à protester vigoureusement, indique le journal australien The Diplomat.

La zone en cause s’étend “sur une superficie de 35 kilomètres carrés”, aux confins de l’Inde, de la Chine et du Népal. Elle apparaît désormais sur les cartes publiées par Delhi comme une excroissance faisant partie intégrante de l’État indien de l’Uttarakhand, “qui partage 80,5 kilomètres de frontière poreuse avec le Népal et 344 kilomètres de frontière avec la Chine”.

Tensions diplomatiques

C’est en 1962 que l’Inde, à la faveur de sa guerre territoriale avec Pékin, “a commencé à stationner ses troupes à Kalapani”. Depuis lors, “aucun tracé frontalier véritable n’existe entre la Chine et le Népal” dans ce petit coin de l’Himalaya, mais une sorte de statu quo prévaut.

En agissant aujourd’hui de la sorte, l’Inde “détériore ses relations avec le Népal”, après avoir déjà “commis l’erreur d’imposer à ce petit pays un blocus économique” de plusieurs mois en 2015, estime le magazine.

Le Premier ministre népalais, Khadga Prasad Sharma Oli, a prévenu lundi 18 novembre que son pays ne céderait “pas le moindre pouce de territoire à l’Inde” et a demandé au pays voisin “de retirer ses troupes de la région”, observe le journal MyRepública. Le contrôle du terrain est pour l’instant, selon le dirigeant communiste, “plus important” que de faire “redessiner les cartes de géographie” par l’Inde.

Les Népalais unis contre l’Inde

Cette affaire n’en constitue pas moins une aubaine pour M. Oli, estime le Nepali Times : “Ce brouhaha ne pouvait arriver à un meilleur moment pour lui, alors qu’il connaît des ennuis de santé, que sa popularité est en baisse et qu’il est contesté au sein de son propre parti.”

L’hebdomadaire rappelle que “rien ne rassemble mieux les Népalais qu’une dispute avec l’Inde”. Pour preuve, même le parti du Congrès népalais (opposition), “a appelé les étudiants à manifester devant l’ambassade de l’Inde à Katmandou”.

Le chef du gouvernement népalais retrouve donc un peu d’espace politique, alors qu’il doit se rendre bientôt aux États-Unis “pour une greffe de rein”. Un espace qui va lui être utile, pense le Nepali Times, “au moment où il prépare un remaniement” visant à empêcher son adversaire de toujours, Pushpa Kamal Dahal – connu sous le nom de guerre de Prachanda pour avoir lancé la guerre civile qui fera tomber la monarchie en 2008 – de lui voler son fauteuil en son absence.

 

Guillaume Delacroix, Courrier International.com le 19 novembre 20219