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72 ans après la partition, et après des mois de discussions, les deux pays ennemis inaugurent un pont qui permettra aux sikhs d’accéder à un de leurs lieux saints.

 

Des ouvriers astiquent le sol du corridor qui doit être inauguré pour relier deux lieux saints entre l’Inde et la Pakistan, le 6 novembre.Des ouvriers astiquent le sol du corridor qui doit être inauguré pour relier deux lieux saints entre l’Inde et la Pakistan, le 6 novembre. AAMIR QURESHI / AFP

 

Il n’y aura pas de poignée de mains entre Narendra Modi et Imran Khan, mais pour la première fois depuis l’indépendance l’Inde et le Pakistan ont bâti un pont entre eux. Les dirigeants des deux pays ennemis doivent inaugurer séparément, samedi 9 novembre, le corridor de Kartarpur qui va permettre de connecter deux lieux saints du sikhisme, Gurdwara Nankana Sahib, au Pendjab pakistanais, qui abrite le mausolée du fondateur de cette religion, le gourou Nanak, et Dera Darbar Sahib au Pendjab indien.

Voilà 72 ans que les pèlerins Sikhs attendaient cet évènement. C’est un peu une réparation de l’histoire. Le Pendjab avait été coupé en deux par les Britanniques, au moment de la partition de 1947. Seulement 20 000 Sikhs vivent au Pakistan, mais 21 millions en Inde, dont 80 % au Pendjab.

5 000 fidèles par jour

Le projet du corridor vers Kartarpur était réclamé de longue date par New Delhi mais avait été bloqué par des années de froid diplomatique entre les deux voisins qui se sont livrés trois guerres, notamment autour du territoire disputé du Cachemire. Après des mois de discussions les deux pays ont signé, le 24 octobre, un accord sur les modalités opérationnelles du corridor long de 4,2 kilomètres. Le site du mausolée a été agrandi et aménagé avec un point de contrôle de l’immigration et un nouveau pont a été bâti.

Depuis l’indépendance, très peu de Sikhs avaient eu la possibilité de se rendre à Kartarpur. 5 000 fidèles pourront désormais emprunter chaque jour le passage, avec un simple passeport, sans obligation de demander un visa. Le moment est d’autant plus important que le 12 novembre, les sikhs célébreront le 550e anniversaire de la naissance du gourou Nanak. Né en 1469, près de Lahore, Nanak a voyagé durant 20 ans avant de fonder au Pendjab une religion qui aspirait à dépasser l’hindouisme et l’islam. Il délivra à ses fidèles un message de tolérance, de paix et d’égalité entre les hommes.

Communauté Sikh influente

Narendra Modi doit saluer les pèlerins à leur départ d’Inde, avant le franchissement de la frontière, tandis qu’Imran Khan doit les accueillir à leur arrivée au mausolée. Parmi les pèlerins, l’ancien premier ministre indien Manmohan Singh, lui-même sikh.

Si les deux nations rivales ont su surmonté leur animosité pour ouvrir ce couloir alors que les tensions restent très vives sur le Cachemire, c’est que la communauté Sikh est très influente. Chacun des protagonistes peut en tirer des bénéfices. Pour le quotidien Indian Express, Imran Khan qui « peine à reconstruire son économie et son image, le corridor de Kartarpur est l’occasion d’afficher le visage d’une nation modérée et de gagner de l’argent avec les pèlerins ». Ces derniers devront en effet verser 20 dollars au Pakistan pour pouvoir se rendre à Kartarpur. Les autorités pakistanaises ont expliqué que ces ressources serviront à entretenir le site du mausolée.

Sophie Landrin, Le Monde.fr le 9 novembre 2019