Blue Flower

 

Le conglomérat familial Reliance Industries Limited va concurrencer Walmart et Amazon

Il y a longtemps qu’Alibaba fait rêver les Indiens. En 2007, le géant chinois de l’e-commerce avait inspiré les fondateurs de Flipkart, à Bangalore. Puis, en 2018, l’américain Walmart s’était emparé dudit Flipkart pour contrer Amazon qui prétendait, lui aussi, devenir « l’Alibaba de l’Inde ». Et voilà que Reliance Industries Limited (RIL), le conglomérat industriel de l’homme le plus riche du pays, Mukesh Ambani, décide de relever le pari, en lançant une plate-forme géante de commerce en ligne.

Dans les derniers jours d’octobre, son conseil d’administration a annoncé qu’il allait mobiliser, avant la fin de l’année, 24 milliards de dollars (21,5 milliards d’euros) pour constituer une nouvelle holding qui investira cette somme dans Reliance Jio Infocomm, la branche numérique du groupe, dont le vaisseau amiral est, pour le moment, l’opérateur téléphonique Jio, lancé en 2016.

L’idée est double : disposer d’un acteur purgé de toute dette d’ici à mars 2020 avant de débarquer dans le commerce en ligne, et d’un véhicule financier propre à être introduit en Bourse à l’horizon 2024. C’est le schéma qu’avaient adopté Alibaba, mais aussi Alphabet, la maison mère de Google, pour se diversifier.

Walmart et Amazon, qui dominent le marché indien, ont de quoi être inquiets. Car, lorsque Mukesh Ambani démarre une nouvelle activité, il écrase ses concurrents, avec le soutien du gouvernement de Narendra Modi. Et ce, grâce aux aides d’Etat distribuées dans le cadre du programme de développement du numérique en Inde.

C’est ce qui s’est produit avec Jio : il y a trois ans, RIL a offert à la population des services d’abord gratuits de téléphonie, et des prix cassés dans l’Internet mobile 4G. En un temps record, il a investi 50 milliards de dollars et capté 355 millions d’abonnés, détrônant Bharti Airtel de sa place de leader, contraignant Vodafone India à se rapprocher d’Idea Cellular, et forçant les deux opérateurs historiques détenus par l’Etat, BSNL et MTNL, à fusionner.

M. Ambani, frère aîné d’Anil Ambani, qui dirige un autre groupe dénommé Reliance (celui qui est associé à Dassault Aviation à travers le contrat des Rafale), a engagé une mutation sans précédent de l’entreprise familiale, qui avait démarré dans le textile et s’est ensuite consacrée à la pétrochimie (79,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2018-2019, 194 000 salariés).

10 400 points de vente

Après Jio, il a investi, en 2018, le marché de l’Internet fixe à très haut débit, en se lançant dans la fibre optique. En août 2019, le milliardaire de 62 ans, dont la fortune est estimée par Forbes à 56,2 milliards de dollars, avait prévenu ses actionnaires que les nouvelles activités (Reliance Jio) et la grande distribution (Reliance Retail) constitueraient, « dans quelques années », la moitié de l’excédent brut d’exploitation du conglomérat, contre 32 % à l’heure actuelle.

L’irruption de RIL dans l’e-commerce n’est pas une surprise. Dès l’été 2018, Mukesh Ambani avait déclaré vouloir marier Jio avec la branche grande distribution du groupe. Depuis deux ans, Reliance Retail multiplie les ouvertures. Il posséderait un réseau de 10 400 points de vente.

Résultat, malgré le ralentissement marqué que connaît la consommation des ménages en Inde depuis près d’un an, l’activité grande distribution de RIL reste bénéficiaire. A en croire le cabinet Forrester Research, Reliance Retail est « l’acteur le plus approprié » pour bénéficier du développement du e-commerce dans le sous-continent. « Le groupe a du capital, de très nombreux magasins, de bonnes marques et déjà un bon volume d’activité. »

En attendant, Amazon a injecté, fin octobre, 570 millions d’euros dans sa filiale indienne. Flipkart, de son côté, a l’intention d’investir, avec son propriétaire, Walmart, 255 millions d’euros dans l’e-commerce alimentaire. Signe que l’un et l’autre se préparent aux hostilités.

Guillaume Delacroix, Le Monde.fr le 6 novembre 2019