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"Udaan" au festival de Cannes: une autre vision du cinéma indien


 

Le jeune cinéaste indien reste abasourdi que son premier film, "Udaan", ait été sélectionné par le festival, où il est projeté mercredi, et puisse rivaliser dans la même catégorie que Jean-Luc Godard, l'un de ses réalisateurs favoris.

 

 
 

 

Si son film signe le retour de l'Inde après sept années d'absence de la sélection officielle, souligne-t-il dans un entretien à l'AFP,  Vikramaditya Motwane espère que les festivaliers découvriront une autre vision du cinéma indien, aux antipodes des grosses productions bollywoodiennes glamour ayant aisément franchi les frontières.

"Udaan" a été sélectionné dans la catégorie "Un certain regard" au côté notamment de "Film Socialisme" du Franco-Suisse Jean-Luc Godard, mais aussi d'une production du Portugais Manoel de Oliveira, un autre "grand" qu'il admire depuis toujours.

"J'ai reçu un message du festival le 15 avril. Je ne m'y attendais pas du tout, c'était une énorme surprise!", avoue Vikramaditya Motwane, 33 ans, lors de cet entretien réalisé à Bombay, la capitale du cinéma populaire indien connu pour son abondance d'histoires sentimentales.

En 2003, "Arimpara" de Murali Nair, avait été sélectionné pour "Un certain regard". Depuis, les films de réalisateurs indiens présentés à Cannes sont souvent dans la catégorie "Cannes Classics".

"Udaan" ("Prendre son envol" en hindi) raconte l'histoire intimiste d'un adolescent qui revient dans une ville industrielle de l'un des Etats les plus pauvres de l'Inde, le Jharkhand, après avoir été abandonné pendant huit ans dans un pensionnat. Le jeune homme, oppressé entre un père autoritaire et un jeune demi-frère, contraint de travailler dans l'usine sidérurgique paternelle, tente de s'affranchir de cette condition pour réaliser son rêve, devenir écrivain.

"C'est un mélange d'autobiographie et de fiction", admet pudiquement le cinéaste. "Mon travail est un équilibre entre les films indiens typiques, car il y a des chansons dans le film, et une recherche plus personnelle, avec beaucoup de silence", résume cet homme lui-même peu bavard.

Avec "Udaan", dont le titre est aussi un pied-de-nez à ceux qui n'auraient pas parié une roupie sur lui, Vikramaditya Motwane veut y voir "le début d'une grande aventure" pour son équipe et pour le balbutiant cinéma indépendant indien. La sélection de son film pour une compétition récompensant les oeuvres expérimentales est une revanche pour un projet qui a bien failli rester dans les cartons: en 2003, il avait dû abandonner le projet par manque de financement et d'intérêt des producteurs qui jugeaient que l'histoire manquait de conviction.

Ce n'est qu'en mars 2009 que le projet rebondit grâce notamment au réalisateur indien Anurag Kashyap, rencontré auparavant sur un tournage et qui réunit assez d'argent pour produire Vikramaditya. Les producteurs de Bollywood commencent toutefois depuis peu à traiter de sujets plus proches de la vie quotidienne indienne avec de nouvelles productions montrant à l'écran des thèmes sociaux, comme le handicap.

Vikramaditya, qui place en haut de son panthéon personnel les oeuvres de Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick et François Truffaut, a débuté en assistant sa mère, productrice d'une émission télévisée. Il est ensuite devenu l'assistant de réalisateurs comme Sanjay Leela Bhansali, qu'il avait accompagné à Cannes en 2002 pour le film "Devdas", un festival dont il garde le souvenir d'une ambiance "électrique".

 

Béatrice Le Bohec (AFP), in Aujourd'hui l'Inde, le 20 mai 2010.