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Le pétrolier français investit 600 millions d'euros dans un partenariat avec le conglomérat Adani. L'accord concerne deux terminaux d'importation de gaz naturel liquéfié et un réseau de distribution. La demande en gaz progresse vivement en Inde mais la concurrence du charbon est forte.

 

0602054301920_web_tete.jpgMONEY SHARMA/AFP

Total a trouvé preneur pour son gaz naturel liquéfié en Inde. La major française a annoncé un accord en ce sens avec  le conglomérat Adani , contrôlé par le milliardaire du même nom. Le partenariat concerne d'abord deux terminaux d'importation et de regazéification de GNL, l'un à Dharma sur la côte Est non loin de Calcutta, l'autre à Mundra, dans le Gujarat à l'Ouest.

Ces deux infrastructures sont capables de transformer 10 millions de tonnes de GNL par an pour lui rendre sa forme gazeuse. Elles seront détenues à 50-50 par Total et Adani. Le groupe français fournira jusqu'à 3 millions de tonnes de GNL par an à la coentreprise.

Le pétrolier va aussi prendre une participation de 37,4 % dans la filiale de distribution de gaz d'Adani qui est cotée en Bourse. Cette société a remporté un appel d'offres pour étendre son réseau et commercialiser du gaz auprès de clients industriels ainsi que 6 millions de foyers et 1.500 stations-service proposant du gaz naturel pour les véhicules. Le coût des deux opérations pour Total atteint 600 millions de dollars.

Doublement en dix ans

« Le marché du gaz naturel en Inde va connaître une croissance forte et constitue un débouché attractif », explique le PDG, Patrick Pouyanné, dans un communiqué. Total est le  numéro deux mondial du GNL , derrière Shell. La demande mondiale va progresser de 3,6 % par an au cours des quinze prochaines années, selon McKinsey, trois à quatre fois plus vite que celle du pétrole. Cette croissance est tirée par l'Asie qui est peu desservie par les gazoducs. En Inde, la consommation de gaz liquéfié devrait doubler d'ici à 2030, prévoit Wood Mackenzie.

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Les importations seront d'autant plus importantes que la production indienne de gaz est appelée à stagner à partir du milieu de la prochaine décennie. New Dehli se montre ambitieux : le gouvernement de Narendra Modi veut que le gaz représente 15 % de la consommation d'énergie en 2030, contre 6 % aujourd'hui. Le but est de réduire les émissions de gaz à effet de serre et surtout la terrible pollution atmosphérique générée par les centrales à charbon. Le charbon représente encore plus de la moitié de la production d'électricité dans le pays.

Objectif hors de portée

Pour Nicholas Browne, analyste chez Wood Mackenzie, cet objectif est hors de portée. Même avec un doublement des importations de GNL, la consommation d'électricité augmente tellement vite que la part du gaz devrait tout juste atteindre 7 % en 2030, selon lui. « Le charbon extrait localement ou importé d'Indonésie reste beaucoup moins cher que le gaz et l'énergie solaire indienne produit de l'électricité à un coût parmi les plus bas du monde », relève-t-il. Comme la plupart des pays d'Asie, l'Inde n'a pas mis en place de taxation du carbone, ce qui réduit encore la compétitivité du gaz par rapport au charbon. En conséquence, les centrales à gaz sont utilisées à moins de la moitié de leur capacité, a dénoncé récemment  un rapport du Parlement indien .

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« Le gaz fait face à d'importants défis en Inde, poursuit l'expert, notamment parce que le réseau de distribution est très peu développé et qu'il faudra du temps pour le mettre en place ». Dans un premier temps, la consommation sera donc tirée par l'industrie, en particulier le secteur des engrais.

Vincent Collen, Les Echos.fr, le 14 octobre 2019