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Au loin, le quartier d’affaires de Bombay, le 18 juin 2019. 
 PHOTO /FRANCIS MASCARENHAS / REUTERS

 

Toutes les prévisions de croissance sont revues sévèrement à la baisse dans le sous-continent, où le PIB ne devrait pas progresser de plus de 6 % cette année, alors qu’il caracolait à plus de 8 % il y a un an.

Jour après jour, l’idée prend corps en Inde que la crise économique n’est plus très loin. Lundi 14 octobre, Mint a fait sa une sur les dernières prévisions pessimistes de la Banque mondiale. La veille, l’institution basée à Washington avait en effet revu à la baisse sa prévision de croissance indienne pour l’année fiscale en cours (d’avril 2019 à mars 2020). Alors qu’elle tablait précédemment sur un PIB en hausse de 7,5 %, elle parie désormais sur 6 %, “évoquant un ralentissement général sévère et cyclique”.

“La croissance devrait progressivement se redresser sur l’exercice 2020-2021 pour atteindre 6,9 %, puis 7,2 % l’année suivante”, espère néanmoins le journal, qui rappelle que la Banque mondiale n’est pas la première à allumer les feux de détresse.

Jeudi 10 octobre, c’est l’agence de notation Moody’s qui a baissé sa prévision de 6,2 % à 5,8 %, “estimant que l’économie indienne était en train de connaître un ralentissement prononcé dû en partie à des phénomènes de longue durée”. L’OCDE, quant à elle, prédit désormais une croissance à 5,9 % en Inde cette année, et non plus à 7,2 %.

Les prêts bancaires en chute libre

Quelques jours plus tôt, c’est la Banque centrale indienne (RBI) qui avait corrigé ses chiffres, parlant désormais d’une progression du PIB de 6,1 %, au lieu de 6,9 %. “La RBI a baissé à cinq reprises les taux d’intérêt cette année, afin de stimuler le crédit, et elle devrait poursuivre le mouvement en décembre”, note India Today, sous-entendant que les effets attendus ne sont pas au rendez-vous.

Selon la banque centrale, qui vient d’effectuer une enquête de terrain dans les treize plus grandes villes du sous-continent, les prêts bancaires sont “en chute de 88 %” en rythme annuel. Près de 50 % des 5000 personnes interrogées considèrent que “la situation a empiré par rapport au mois de juillet”, notamment sur le front de l’emploi et des salaires.

Et la consommation des ménages en berne

L’Economic Times expose les causes du phénomène avec une batterie de graphiques. Où l’on voit que la consommation des ménages indiens ne progresse plus “qu’au rythme de 3,1 % actuellement”, contre près de 10 % il y a un an, du fait de la hausse du chômage et de la stagnation ou de la baisse des revenus. Où l’on voit également que l’investissement privé n’avance plus “qu’au rythme de 4 %”, alors que celui-ci dépassait 13 % au printemps 2018. Signe que le climat se dégrade sérieusement, les faillites d’entreprises s’envolent trimestre après trimestre.

D’après BusinessLine, le site économique de The Hindu, il y a de quoi se faire du souci quand on voit que le RSS, mouvement idéologique nationaliste qui inspire la politique du gouvernement Modi, vient d’accorder “son satisfecit” à l’exécutif, jugeant que les turbulences économiques d’aujourd’hui “trouvent leur origine dans la conjoncture mondiale” et non dans des facteurs locaux.

Guillaume Delacroix, Courrier International.com le 14 octobre 2019