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Des avions Rafale, le 8 novembre 2018.
  PHOTO CHRISTOPHE SIMON/POOL via REUTERSDes avions Rafale, le 8 novembre 2018.  PHOTO CHRISTOPHE SIMON/POOL via REUTERS

 

L’armée de l’air indienne a réceptionné mardi 8 octobre son premier avion de combat français, à Mérignac. La presse indienne rappelle que beaucoup de questions entourant ce contrat de 7,8 milliards d’euros restent sans réponse.

“Vingt ans” après avoir alerté le gouvernement sur l’obsolescence de sa flotte, l’armée de l’air indienne a pris possession, mardi 8 octobre, du premier des 36 Rafale commandés à Dassault Aviation en septembre 2016.

“L’Inde réceptionne enfin cet avion multifonction qui pourra battre et surpasser tous nos adversaires, à commencer par le Pakistan et la Chine”, se félicite le Times of India, qui souligne que l’appareil de fabrication française pourra lancer l’arme atomique en cas de conflit.

Les 36 Rafale seront livrés dans leur ensemble “d’ici à avril 2022” et seront déployés à parité sur les bases aériennes d’Ambala (Haryana) et d’Hasimara (Bengale-Occidental), à proximité “des fronts ouest et est”.

Deux F-16 pour chaque Rafale pakistanais

Au-delà de cette rhétorique guerrière, le chef de l’armée de l’air, le maréchal Bhadauria, se félicite du “changement d’échelle” que le Rafale va induire. Jusqu’ici, l’Inde devait “déployer deux Sukhoi pour chaque F-16” pakistanais en action mais dorénavant, ce sera le contraire : le Pakistan devra faire voler “deux F-16 pour pouvoir affronter chaque Rafale”.

Le journal économique Mint, lui, ne tarit pas d’éloges sur les capacités de l’avion de combat français. “Ses ailes delta le rendent exceptionnellement stable à des vitesses supersoniques, et il peut passer de la puissance de combat au ralenti, puis à nouveau à la puissance de combat, en moins de trois secondes”, rappelle-t-il.

En outre, le Rafale “peut voler à la vitesse de 2 222 km/h et monter jusqu’à une altitude de 15 200 mètres, en portant 9,5 tonnes de bombes et munitions”. Il est en mesure de “détecter des cibles cachées à longue distance dans les airs, en mer et au sol”, en générant des cartes géographiques 3D “en temps réel”.

Une faute de frappe

Ces performances ne doivent néanmoins pas faire oublier les mystères qui continuent d’entourer le contrat indien de Dassault Aviation, estime The Wire. On ne sait toujours pas pourquoi, en effet, le gouvernement Modi n’a donné son feu vert “que pour l’achat de 36 Rafale”, alors que les militaires en voulaient initialement 126. De même, la controverse se poursuit quant au prix des avions – 7,8 milliards d’euros – et quant à la participation de Reliance Defence, une entreprise du milliardaire Anil Ambani, aux contreparties industrielles que Dassault Aviation a accepté d’accorder à l’Inde pour 3,9 milliards d’euros.

“Le mois prochain, fait observer The Wire, la Cour suprême aura à s’exprimer sur la validation qu’elle avait faite du contrat en décembre 2018.” À l’époque, les juges avaient commis de gros impairs, “en confondant Anil Ambani avec son frère Mukesh” et en mentionnant un rapport positif de la Cour des comptes indienne sur le prix des Rafale, alors que ledit rapport ne sera publié que deux mois plus tard, en février 2019. Le gouvernement Modi avait tenté d’excuser la Cour en évoquant “une faute de frappe”. Une étrange métaphore.

Guillaume Delacroix, Courrier International.com le 9 octobre 2019.