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« Les relations bilatérales entre la France et l'Inde ont énormément progressé ces dernières années », a estimé le ministre indien des Armées.

 

L'armee de l'air indienne est censee etre dotee de 42 escadrons quand elle ne peut peniblement en aligner que 33 a l'heure actuelle, selon le Military Balance de l'International Institute for Strategic Studies (IISS).L'armée de l'air indienne est censée être dotée de 42 escadrons quand elle ne peut péniblement en aligner que 33 à l'heure actuelle, selon le Military Balance de l'International Institute for Strategic Studies (IISS). © Eshwar S / The Times of India

 

Le grand jour est arrivé ! Plus de 10 ans après avoir lancé son appel d'offres international, l'Inde va recevoir son premier Rafale. Commandé en septembre 2016 à la France, c'est dans l'Hexagone, sur le site du constructeur Dassault Aviation à Mérignac, près de Bordeaux, que se tiendra la cérémonie ce mardi 8 octobre. Seront présents pour l'occasion la ministre française des Armées Florence Parly et son homologue indien Rajnath Singh. Ce dernier n'a d'ailleurs pas manqué de faire part de son enthousiasme sur Twitter avant de s'envoler pour l'Hexagone, estimant notamment que « les relations bilatérales entre la France et l'Inde ont énormément progressé ces dernières années » et se réjouissant « à l'idée de renforcer et d'approfondir ces liens ». Cet avion est donc le premier d'une commande de 36 exemplaires de l'appareil de combat multirôle français qui a été passée par l'Inde à l'issue d'une longue procédure marquée par les rebondissements.

À l'origine, l'Inde avait lancé en 2007 un appel d'offres international pour 126 appareils, remporté cinq ans plus tard par l'avion de Dassault Aviation. Engagé depuis dans des négociations exclusives qui portaient notamment sur l'exigence de construire 108 d'entre eux sur place, le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi a finalement annoncé en avril 2015 l'achat de 36 Rafale construits en France, qui a donné lieu au contrat signé en septembre 2016. Car le temps presse pour l'armée de l'air indienne, dont la flotte disparate – elle est composée de Jaguar, Mirage 2000, Sukhoï 30 et Mig 21 et 27 – est vieillissante et insuffisante. Alors qu'elle se fixe pour mandat de faire face à deux conflits simultanés face à la Chine et au Pakistan, l'armée de l'air indienne est censée être dotée de 42 escadrons quand elle ne peut péniblement en aligner que 33 à l'heure actuelle, selon le Military Balance de l'International Institute for Strategic Studies (IISS).

 

« Priorité militaire »

« L'aviation de combat est pour eux un outil et un atout stratégique. Et, à ce titre, sa rénovation est à la fois politique et une grande priorité militaire », observe pour l'Agence France-Presse le général Jean-Paul Palomeros, ancien chef d'état-major de l'armée de l'air française et expert auprès du cabinet d'intelligence stratégique CEIS. L'Inde a formulé en mai 2017 une demande officielle d'informations pour la fourniture de 57 avions de combat destinés à la marine indienne et une autre en juillet 2018 pour 110 appareils destinés à l'Indian Air Force. Dassault Aviation y a répondu dans les deux cas. Le contrat Rafale a été au centre d'une polémique pendant plus d'un an en Inde jusqu'à la réélection de Narandra Modi au printemps.

L'opposition a accusé le gouvernement d'avoir favorisé un conglomérat privé, Reliance Group, comme partenaire de Dassault, aux dépens de l'entreprise publique Hindustan Aerospace Industries (HAL). Reliance Group est dirigé par l'homme d'affaires Anil Ambani, présumé proche du Premier ministre. La Cour suprême indienne a refusé en décembre 2018 d'ouvrir une enquête, assurant « ne pas avoir de doute quant au processus » d'attribution et n'avoir trouvé « aucun élément substantiel prouvant des pratiques de favoritisme commercial ». Dans la politique de « make in India » promue par Narendra Modi, le contrat prévoit des compensations industrielles (« offsets »). Dassault et Reliance ont ainsi créé une coentreprise, DRAL, et construit une usine à Nagpur, dans le centre de l'Inde, qui fournira notamment des éléments des avions d'affaires Falcon de Dassault.

Utilisé par l'armée de l'air française depuis 2004, le Rafale a longtemps eu du mal à s'exporter. L'avion de chasse a trouvé pour la première fois preneur à l'exportation en 2015 en Égypte, puis au Qatar, qui en avaient commandé 24 chacun. Doha a levé une option en décembre 2017 pour 12 Rafale supplémentaires, portant à 36 le nombre d'appareils qui seront utilisés par l'armée de l'air du pays. Les 36 Rafale indiens seront stationnés sur les bases d'Ambala, à proximité du Cachemire et de la frontière pakistanaise, et d'Hasimara, dans le Bengale occidental.

AFP, in Le Point.fr le 8 octobre 2019.