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Les effets de la procédure de destitution de Donald Trump se font déjà sentir bien au-delà du territoire américain. Les pays où les Etats-Unis se sont fortement impliqués commencent à ressentir les effets d’une certaine vacance soudaine… Exemple en Afghanistan, avec le chercheur Gilles Dorronsoro

 

Juste pour le plaisir d'une belle photo. Kaboul, octobre 2019.Juste pour le plaisir d'une belle photo. Kaboul, octobre 2019.• Crédits : Sajjad HUSSAIN - AFP

Depuis qu'ils ont chassé les Talibans en 2001 et installé au pouvoir leurs opposants à Kaboul, les Américains n'en sont jamais partis. Aujourd'hui encore, 14 000 soldats américains sont déployés sur le territoire, en appui à l'armée afghane. Donald Trump souhaitait quitter le terrain avant de remettre son mandat en jeu, et avait pour cela pris le risque politique de négocier directement, et rapidement, avec les Talibans. La procédure d'Impeachment change la donne. Tout paraît bloqué aujourd'hui, ne serait-ce que parce que Mike Pompeo, très investi dans ces discussions et dans la politique afghane, est lui-même impliqué dans la procédure de destitution - il était dans la même pièce que Donald Trump lors de son coup de fil au président ukrainien Volodymyr Zelensky. 

Et pendant ce temps à Kaboul, à l'issue d'une élection présidentielle à laquelle n'ont participé que 25% des Afghans et dont tous les bulletins n'ont pas encore été dépouillés, le chef de l'exécutif Abdullah Abdullah revendique déjà la victoire...

L'élection présidentielle samedi en Afghanistan a occasionné un processus profondément ingérable. Les Etats-Unis sont dans une position de contrôle, ce sont eux qui peuvent faire un deal entre les deux candidats qui revendiquent chacun la victoire. Or là, dans le chaos de la procédure d’Impeachment dans laquelle Mike Pompeo est par ailleurs directement impliqué, il est difficile pour les Américains de véritablement intervenir. On voit aussi que cela démobilise et décourage sur place tous les diplomates de carrière, tous les gens qui ne sont pas des politiques mais de bons techniciens. Cela va être difficile d’avoir une intervention aussi "efficace" que celle de John Kerry aux élections afghanes de 2014.

Gilles Dorronsoro, France Culture.fr le 3 octobre 2019.