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La justice pakistanaise a ordonné mercredi la libération de deux députés accusés de meurtre et emprisonnés après un accrochage entre des militaires et des membres d'un mouvement de défense de la minorité pachtoune qui avait fait 14 morts en mai, ont annoncé leurs défenseurs et un magistrat.

 «Aujourd'hui, le juge Nasir Mehfooz de la Haute cour de Peshawar a accepté la demande de libération sous caution et ordonné la libération de Mohsin Dawar et d'Ali Wazir», a déclaré à l'AFP Tariq Afghan, un des avocats de la défense. Mohsin Dawar et Wazir, deux cofondateurs du Mouvement de protection des Pachtounes (PTM), un mouvement pacifiste très critique de la puissante armée pakistanaise, coupable selon le PTM de multiples exactions contre les membres de cette ethnie, avaient été élus députés en juillet 2018.

D'après Me Afghan, les deux parlementaires devaient être libérés après avoir rempli des formalités juridiques et payé leur caution. La Cour a accepté leur demande de mise en liberté sous caution après avoir trouvé des rapports contradictoires dans l'enquête, a expliqué Sangeen Khan, un autre avocat de la défense. Un procureur de Peshawar (nord-ouest), Sikandar Hayat, a confirmé leur libération à l'AFP.

Les deux députés étaient détenus depuis des mois en raison de leur implication présumée dans un affrontement entre des sympathisants du PTM et des militaires en mai. L'incident, survenu près de la frontière afghane, dans les zones tribales du Pakistan, avait fait 14 morts, selon les autorités pakistanaises. Mohsin Dawar et Wazir étaient accusés de meurtre, tentative de meurtre, attaque contre des membres des forces de l'ordre, trouble à l'ordre public et terrorisme, selon les avocats et le procureur.

Ces affrontements faisaient suite à des mois de tensions croissantes entre le PTM et l'armée pakistanaise après qu'elle eut mis en garde à plusieurs reprises ce mouvement qu'elle dit à la solde des services de renseignement étrangers. Depuis son apparition début 2018, le PTM a régulièrement accusé l'armée pakistanaise d'avoir tué et fait disparaître des milliers de Pachtounes au cours d'opérations entre 2008 et 2014 contre des groupes extrémistes qui s'étaient réfugiés dans les zones tribales pakistanaises après la chute des talibans en Afghanistan en 2001.

Le PTM a également accusé les militaires d'avoir fourni des bases à certains de ces groupes extrémistes. Des critiques faisant écho à des accusations récurrentes de Washington et de Kaboul. Les Pachtounes représentent environ 15% de la population pakistanaise. Ils sont majoritaires dans les zones tribales.

AFP, in Le Figaro.fr le 18 septembre 2019.