Blue Flower

 

Nitin Gadkari, ministre indien des Transports. - Crédits photo : Amrendra Jha/The Times of India

 

Le montant des contraventions a été multiplié entre deux et dix. Le gouvernement se défend d’utiliser ce levier pour réduire le déficit.

 

New Delhi

La polémique rappelle celle sur la limitation à 80 km/h. Édouard Philippe affirmait vouloir réduire le nombre de morts sur les routes. Aujourd’hui, le ministre indien des Transports, Nitin Gadkari, dit la même chose pour justifier sa nouvelle loi sur la sécurité routière: «Le gouvernement ne fait pas ça pour remplir les caisses de l’État, mais pour sauver des vies», a-t-il déclaré le 11 septembre face à la grogne.

Depuis l’entrée en vigueur du texte le 1er septembre, le montant des contraventions a été multiplié entre deux et dix. Un chauffeur a écopé d’une amende de 200.000 roupies (2500 euros) à Delhi le 11 septembre pour conduite sans permis et infraction à la réglementation antipollution entre autres. Un montant exorbitant comparé au niveau de vie de la population. La palme était jusque-là détenue par un conducteur qui s’était vu infliger un PV de 1 800 euros dans le Rajasthan, dans l’ouest du pays.

À première vue, la répression qui s’abat sur les conducteurs est frappée du sceau du bon sens. Conduire en Inde, c’est vivre une expérience aux frontières de l’extrême. Dans les villes, sur les autoroutes et les routes secondaires, les infractions au code de la route sont légion. Quand le feu passe au vert, il faut regarder à droite et à gauche pour éviter la collision avec un chauffard qui aurait brûlé la signalisation ou foncerait en sens interdit. Ignorer la priorité, faire fi du sens unique, monopoliser la voie de droite à 50 km/h alors que la limitation est à 70… C’est une habitude à Delhi et sa banlieue. Ici, comme en Angleterre, la conduite est pourtant à gauche.

Record de mortalité

La plupart des automobilistes ne regardent jamais dans le rétroviseur. Alors il faut klaxonner pour préserver sa carrosserie. Tout le monde conduit à l’oreille. Beaucoup ne circulent pas dans leur couloir et empiètent sur deux voies. Parfois, un bambin trône sur les genoux de son père ou de sa mère au volant. La police regarde ailleurs. Quand elle attrape un délinquant, rien de grave: dans certains cas, l’automobiliste négocie et obtient un rabais que le policier sera tenté d’empocher.

L’Inde détient le record du nombre de morts sur la route: 147.900 en 2017, soit 12 % du total mondial selon le ministère des Transports et l’Organisation mondiale de la Santé. Le bilan des victimes a explosé de 23 % en dix ans. La route fait un mort toutes les quatre minutes.

C’est dans ce contexte que le gouvernement central a tapé du poing sur la table. Les automobilistes, surpris par cette sévérité inédite et sans préavis, soupçonnent le pouvoir fédéral de vouloir augmenter les impôts pour réduire le déficit budgétaire dans un contexte de ralentissement économique. Certains racontent qu’on peut encore négocier avec la police. Les pots-de-vin seraient plus chers. Face aux protestations, plusieurs États de la fédération refusent d’appliquer la loi ou réduisent les pénalités comme la Constitution les y autorise.

Mais augmenter les contraventions ne suffira pas. Certains constructeurs vendent des voitures aux allures de cercueils. L’association Global Ncap avait soumis 31 modèles à des crash-tests entre 2014 et 2018. Verdict: 19 voitures avaient eu zéro sur cinq pour la sécurité des passagers adultes. Les mauvais élèves figuraient parmi les plus grands constructeurs au monde: Renault, Suzuki, Ford, Hyundai et Honda.

Emmanuel Derville, Le Figaro.fr le 13 septembre 2019.