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https://www.courrierinternational.com/sites/ci_master/files/styles/image_original_1280/public/assets/images/rtx6yqia.jpg?itok=Pk3G_yvXUn des accusés dans l’affaire du “viol de Kathua”, le 10 juin 2019 à Pathankot, en Inde. 

 PHOTO / REUTERS / Mukesh Gupta

 

 

Trois hommes accusés du viol et du meurtre d’une fillette de 8 ans en 2018 ont été condamnés à la prison à vie lundi 10 juin. Ils risquaient pour certains la peine de mort. L’affaire du “viol de Kathua” révèle les crispations communautaristes du pays.

 

La fillette a été enlevée le 10 janvier 2018 près de Kathua, une ville située dans l’État du Cachemire. Elle a été droguée et séquestrée dans un temple hindou, où elle a été violée à plusieurs reprises par les accusés. Son corps mutilé a été retrouvé une semaine plus tard. L’enquête a révélé qu’elle avait été prise pour cible en raison de son appartenance à une communauté musulmane que les accusés voulaient effrayer et chasser du village. L’affaire a provoqué de telles tensions dans la région que le procès a été dépaysé dans l’État voisin du Pendjab. Selon The Hindu, les avocats des deux parties ont annoncé leur intention de faire appel du verdict.

 

Le quotidien indien anglophone The Hindu accueille avec satisfaction les condamnations prononcées en début de semaine, une décision qu’il considère comme “le triomphe de la justice sur la propagande communautaire”.

 

“C’est la réponse aux sectaires qui voulaient influencer le procès, en présentant un crime odieux contre une fille appartenant à une tribu musulmane minoritaire comme un complot pour impliquer les hindous”, écrit le journal. Une référence à l’atmosphère hostile qui a accompagné le procès et au soutien apporté par des membres du parti nationaliste BJP aux accusés (dont deux ministres du gouvernement du Jammu-et-Cachemire).

 

Le quotidien hindiphone Navbharat Times partage l’analyse. “La justice a été rendue, mais elle ne nous aidera pas à oublier la déshumanisation de l’affaire”, regrette le journal.

 

Notre société est divisée à un tel point que nous regardons la religion et la caste de la victime et de ses meurtriers avant de choisir notre camp.”

 

Le quotidien en hindi Amar Ujala écrit que la rapidité de la justice dans cette affaire apparaît comme une lueur d’espoir pour ceux qui réclament la justice pour une fillette de 2 ans tuée la semaine dernière dans le village de Tappal, dans l’Uttar Pradesh, État du nord de l’Inde.

 

Justice a été rendu à la fille de Kathua. Maintenant, c’est au tour de la fille de Tappal. Il faut que la Cour punisse ses tueurs le plus vite possible afin de montrer l’exemple.”

 

D’après un article publié sur le site d’actualités Scroll, la haine qui a poussé au viol et au meurtre de la fillette continue de perdurer malgré la condamnation des coupables.

 

L’affaire de Kathua n’était pas un acte de violence qui s’est produit au hasard. Il s’inscrit dans les cercles concentriques des préjugés, du pouvoir politique et de la haine religieuse. Tant que les accusés auront des défenseurs politiques, nous avons raison de craindre que ce ne soit pas la dernière tragédie.”

 

Dans l’affaire du “viol de Kathua”, trois hommes ont été condamnés à la prison à vie, trois autres à cinq ans de prison pour la destruction des preuves au cours de l’enquête. Un septième accusé a été acquitté.

 

Courrier International.com le 13 juin 2019