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Le porte-avions français « Charles de Gaulle » a quitté Singapour le 3 juin pour regagner Toulon, son port-base, après trois mois de mission, notamment dans l’océan Indien.

 

 

 

https://img.lemde.fr/2019/05/28/0/0/3500/2417/688/0/60/0/7c39b00_GGGSGP004_FRANCE-DEFENSE-SINGAPORE_0528_11.JPGUn avion Rafale sur le « Charles de Gaulle », sur la base navale de Changi, à l’extrémité orientale de Singapour et du détroit de Malacca, le 28 mai 2019. FELINE LIM / REUTERS

 

 

 

Cap sur Djibouti pour le porte-avions français Charles de Gaulle qui a quitté Singapour lundi 3 juin, sur la route du retour vers Toulon, son port-base. Après trois mois de mission « Clemenceau », il va visiter ce point stratégique à l’entrée de la mer Rouge, où la France est désormais invitée à cohabiter avec des forces militaires beaucoup plus nombreuses que les siennes, américaines et chinoises. Puis le navire mènera un entraînement majeur avec l’armée égyptienne avant de regagner la France début juillet.

 

« Remilitarisation des mers »

 

« La remilitarisation des mers ? Nous y sommes. Et chacun montre qu’il est présent », résume l’amiral Olivier Lebas. Le commandant du groupe aéronaval, que Le Monde a rencontré à Singapour le 1er juin à bord du Charles de Gaulle, dresse un premier bilan de la mission sur son volet militaire majeur, « la prévention des crises futures dans des zones critiques, surtout au nord de l’océan Indien ». Elle passe, selon lui, par le renseignement et la coopération régionale.

 

« Nous arriverons mieux à gérer les situations en coopérant sur le plan bilatéral. »

 

L’affirmation de la Chine occupe les esprits dans ce vaste espace stratégique, même si la ligne française est de ne pas la désigner comme une menace. « Nous n’avons pas formé une coalition antichinoise. Les partenaires avec qui nous avons travaillé cherchent à monter en gamme. L’idée est que nous arriverons mieux à gérer les situations en coopérant sur le plan bilatéral et en multipliant les partenariats. »

 

Sur la carte, l’activité des navires français a ainsi tracé un axe stratégique allant de l’Inde à l’Australie en passant par la Malaisie, l’Indonésie et Singapour – qui est devenu un point d’appui logistique important. Les entraînements menés avec les armées de la région ont compris un volet guerre anti-sous-marine et mobilisé des moyens conséquents.

 

« Pour la première fois à ce niveau-là », selon l’amiral, les Français ont conduit avec leurs homologues américains de la Septième Flotte et des marins canadiens un exercice de lutte sous la mer, « Gasoex », portant sur leur coordination tactique et leur interopérabilité (la capacité à communiquer et à faire travailler ensemble les équipements).

 

L’Inde a mobilisé une force quasi équivalente au groupe français pour l’exercice bilatéral « Varuna » du 7 au 10 mai, soit un porte-avions, trois frégates, un sous-marin et un pétrolier ravitailleur. « De très bons marins, très engagés », salue l’amiral, avec qui « le niveau d’interopérabilité s’améliore d’année en année ». Il précise : « Pour la première fois nous avons mis un sous-marin en même temps que le porte-avions avec ce partenaire, nous partageons de plus en plus de procédures. » Par un accord signé en 2018, l’Inde a ouvert des facilités logistiques à la France dans le port militaire de Goa.

 

« Notre message est compris »

 

A l’entrée du détroit de Malacca, entre Sumatra et le golfe du Bengale, les exercices « La Pérouse », conduits durant la troisième semaine de mai avec les États-Unis, le Japon et l’Australie, ont eux aussi pu ressembler à un pack uni contre la Chine. « L’exercice [a montré] que nos forces maritimes peuvent travailler ensemble n’importe où dans la région indopacifique », a commenté l’amiral Phillip G. Sawyer, commandant de la Septième Flotte. La marine australienne avait envoyé une frégate et un sous-marin. Un sous-marin et un destroyer japonais accompagnaient le porte-hélicoptères Izumo, pour un entraînement amphibie et de sauvetage en mer. « Les Japonais ont témoigné d’un vrai souci de connaissance mutuelle », souligne l’amiral Lebas.

 

La marine française cherche à garantir sa mobilité à l’avenir. « Notre message est compris, nous sommes une marine qui peut se  “brancher ” sur les autres, jouer le rôle de la nation-cadre d’une opération », assure l’amiral. Plus généralement, « la liberté de navigation est aussi une façon de maintenir des situations de coexistence et de préserver une exploitation raisonnable des ressources ».

 

Pour l’heure, la Chine ne fréquente guère l’océan Indien en dehors de missions antipiraterie au large de la corne de l’Afrique. Demain, anticipent les riverains et leurs alliés, le nord de la région pourrait être le théâtre de nombreuses tensions.

 

Nathalie Guibert, Le Monde.fr le 6 juin 2019.