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Un sordide fait divers montre que l’Inde est loin d'en avoir fini avec son système de castes.

 

 

 

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Comme 200 millions d'Indiens, Jitendra, 21 ans, était un «dalit», un «opprimé».

 

 

 

Son crime? Il se serait assis lors d’un mariage et se serait mis à manger, devant des membres des castes supérieures. Car le seul «crime» de Jitendra, 21 ans, était d’appartenir à ceux qu'on nommait les intouchables. C’est manifestement sa condition qui a valu à ce jeune homme d’être si sauvagement battu, perdant la vie quelques jours plus tard.

 

Le drame a eu lieu le 26 avril dans le village reculé de Kot, dans l’Uttarakhand, au nord de l’Inde. Où règne aujourd’hui une «colère impuissante» dans la communauté locale des intouchables, écrit la BBC. Car personne n’ose parler, de peur des représailles.

 

La «prévention des atrocités»

 

La police a vaguement communiqué sur le sort tragique du jeune homme. «La bagarre a eu lieu lorsque la nourriture était servie. La controverse a éclaté sur le fait de savoir qui était assis sur la chaise», a expliqué le policier Ashok Kumar.

 

Les forces de l’ordre ont cependant précisé que l’affaire relève bien d’une loi de 1989 surnommée le «SC/ST Act», soit la loi sur les castes et tribus répertoriées – prévention des atrocités.

 

Officiellement, les intouchables n’existent plus depuis des lustres. Mais dans la réalité ceux qu’on nomme aujourd’hui les «dalits», les «opprimés», représentent plus de 16% de la population indienne. Et ces quelque 200 millions de personnes sont toujours victimes de ségrégation voire de violences, surtout dans les régions rurales. Ainsi, quatre processions lors de mariages de dalits ont été attaquées en une seule semaine, ce mois-ci, dans l’état du Gujarat.

 

«Battu et humilié»

 

En l’occurrence, la BBC précise que le marié était lui-même un dalit. Mais le repas de noce avait tout de même été préparé par des membres des castes supérieures car beaucoup, dans la région, ne touchent pas à de la nourriture préparée par des dalits, qu’ils considèrent comme impure.

 

Que s’est-il passé ensuite? Pour s’être assis au mauvais endroit, Jitendra aurait été «battu et humilié» durant le mariage, selon des témoignages. Il aurait quitté les lieux en larmes. Puis aurait été rattrapé par un groupe d’hommes et aurait été frappé plus brutalement encore.

 

Il ne pouvait plus parler

 

La mère de la victime, Geeta Devi, dit avoir retrouvé son fils gisant à l’extérieur de sa maison le lendemain matin. «Il avait des ecchymoses et des marques de blessures sur tout le corps. Il a essayé de parler mais il ne pouvait pas», a-t-elle raconté. Le jeune homme a été hospitalisé. Mais a succombé à ses blessures neuf jours plus tard.

 

Sept hommes ont été interpellés dans cette affaire, note encore la BBC. Mais ils nient toute implication. Les proches de Jitendra obtiendront-ils justice? Seule certitude, les dalits ont malheureusement intérêt à se taire. Par crainte de représailles physiques. Mais surtout car l’immense majorité d’entre eux dépendent économiquement des castes supérieures, qui peuvent les priver de moyens de subsistance du jour au lendemain.

 

Rappelons que l’interdiction de toute discrimination fondée sur les castes est inscrite dans la Constitution indienne. Qui abolit également l’«intouchabilité». Une Constitution qui est entrée en vigueur… en 1950.

 

Le Matin.ch (Suisse) le 21 mai 2019 ;