Blue Flower

 

 https://i.f1g.fr/media/eidos/1280x580_crop/2019/05/17/XVMfce1b1c2-7565-11e9-bfff-8aae5700cfa1.jpg

 

 

 

FOCUS - Le 23 mai, Narendra Modi pourrait bien être à nouveau proclamé vainqueur des élections générales de la plus grande démocratie du monde. Pour faire oublier aux 900 millions de votants le bilan mitigé de son premier mandat, le Premier ministre a fait campagne sur un seul programme: lui-même.

 

1 - Le poids du nationalisme hindou

 

Avec le nationalisme hindou, Narendra Modi reprend les recettes du populisme qui fonctionnent si bien partout sur la planète. La version indienne entend redonner aux hindous la gloire qu’ils méritent, présentant les minorités musulmanes ou chrétiennes comme héritières d’une domination étrangère. Depuis quatre ans, le Bharatiya Janata Party (BJP) s’appuie sur une rhétorique de suprématie ethnique. Quitte à réécrire l’histoire: le Taj Mahal a récemment été banni des livres d’histoire et guides touristiques indiens - il a été construit au XVIIe siècle par un empereur moghol. Gare à celui qui approcherait d’un peu trop près les vaches sacrées: des milices d’extrémistes hindous mènent impunément des raids contre
les musulmans soupçonnés de consommer du bœuf…

 

La défiance envers les élites anglophones et les journalistes est aussi de mise. L’occasion pour le Premier ministre de se positionner face au candidat Rahul Gandhi, héritier d’une longue lignée aristocratique. Pour convaincre au-delà de l’indépassable division des castes, rien de tel que de créer une «grande famille hindoue» dont Narendra Modi serait le père et guide.

 

2 - L’homme fort face au Pakistan

 

«Parmi tous les gouvernements précédents, aucun n’a eu l’idée de lancer des attaques chirurgicales […] Ils n’ont pas eu le courage d’envoyer les avions de combat traverser la frontière et tuer les terroristes», avait raillé un jour Narendra Modi. Lui n’a pas hésité: le 26 février, il a fait bombarder «un camp d’entraînement islamiste» au Pakistan, suite à l’attentat-suicide qui a tué 41 paramilitaires dans le Cachemire indien. Après une décennie de travail diplomatique pour apaiser les relations indo-pakistanaises, le Premier ministre surfe sur le regain de tension entre les deux pays et fait du thème sécuritaire un de ses chevaux de bataille. Il se pose comme l’homme fort, seul capable de défendre son pays contre la menace islamiste - qui s’étend à l’ennemi pakistanais, voire à tous les musulmans. Une affirmation militaire qui se traduit également sur le plan diplomatique: au cours de son mandat, Modi a multiplié les rencontres pour se rapprocher des monarchies du Golfe et isoler le Pakistan sur la scène internationale. En renforçant les relations indiennes avec Israël, le Premier ministre s’assure aussi un fournisseur d’équipements militaires de pointe. De quoi rassurer les électeurs.

 

3 - Le culte du chef

 

On dit qu’il peut sans péril boire du poison, apprendre sans peine des milliers de prénoms: le roi, c’est lui. Celui qui se fait appeler «Chowkidar» - le gardien, en hindi - monopolise l’attention autour d’un mythe dont il est le héros. Omniprésent dans les médias, Narendra Modi a sa chaîne de télévision et une application de smartphone à son nom. Un biopic à sa gloire, dont la sortie en salles a été repoussée à la fin des élections par la Cour suprême, tire le portrait d’un homme bon, juste et simple: «PM Narendra Modi. L’histoire d’un milliard de personnes», promet le trailer. Lui, l’enfant vendeur de thé devenu Premier ministre, connaît son peuple et sa souffrance. La rhétorique de l’homme providentiel venu des basses castes pour sauver le peuple indien fait mouche auprès de la classe moyenne, persuadée que le Premier ministre redistribue aux pauvres l’argent des riches. Une ultrapersonnalisation du pouvoir à laquelle l’Inde n’était plus habituée depuis Indira Gandhi dans les années 1970. «Si vous êtes contre Modi, vous êtes anti-Indiens», scandent les militants du BJP à Bangalore. Les électeurs sont prévenus…

 

Coline Renault, Le Figaro.fr le 17 mai 2019.