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Dans l'Etat du Gujarat, fief de Narendra Modi, les électeurs sont appelés aux urnes mardi à l'occasion de la troisième phase des élections législatives qui se clôtureront le 19 mai. La réussite de cette riche province indienne continue à servir les intérêts politiques du premier ministre même si son succès est antérieur à son passage à la tête de cet État et qu'il lui a subsisté.

 

 

 

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Narendra Modi (photo) a dirigé cet Etat de l'Ouest pendant plus de dix ans avant d'être propulsé Premier ministre à New Delhi en 2014//Sam Panthaky/AFP

 

 

 

« Modi ! Modi ! Modi ! », scande en chœur une foule de plus de 20.000 personnes ayant bravé un soleil de plomb pour s'amasser sous une chaleur écrasante. Dans l'espoir d'apercevoir  le Premier ministre Narendra Modi, certains se sont périlleusement perchés sur des chaises de jardin empilées les unes sur les autres. Au loin, Narendra Modi, vêtu de blanc de la barbe aux pieds, se tient à la tribune. « Si je suis là où je suis aujourd'hui, c'est grâce à vous », lance-t-il à l'occasion de ce rassemblement politique à Himnatnagar, située à près de 90 kilomètres au nord d'Ahmedabad, la plus grande ville du Gujarat.

 

Narendra Modi a dirigé cet État de l'Ouest pendant plus de dix ans avant d'être propulsé Premier ministre à New Delhi en 2014 sur la promesse d'appliquer le « modèle Gujarat » au reste de l'Inde. A l'époque, vus depuis les autres Etats, les indicateurs économiques du Gujarat sont enviables. Ils le sont d'ailleurs toujours : le taux de croissance y est estimé à 11,1 % pour l'année fiscale 2018 et le Gujarat se classait 5e sur 28 Etats en matière de revenu par habitant en 2017.

 

Un modèle « Modi » ?

 

S'il existe bien un « modèle Gujarat », beaucoup s'accordent sur le fait qu'il ne doit rien à Narendra Modi. « La croissance du Gujarat était déjà supérieure à celle du reste de l'Inde après la libéralisation de l'économie dans les années 1990 et elle l'est restée après la fin du mandat de Narendra Modi à la tête du Gujarat », explique Maitreesh Ghatak, professeur à la London School of Economics.

 

A plusieurs dizaines de kilomètres du sol sablonneux d'Himnatnagar, dans un immeuble tout en hauteur d'Ahmedabad, Balram Padhiyar, le directeur de N.G. Group, une entreprise du bâtiment vante néanmoins les méthodes de gouvernance de Narendra Modi. Grâce à elles, Balram Padhiyar estime avoir pu tirer son épingle du jeu en se lançant dans le développement de parcs industriels. « Il a facilité beaucoup de procédures et les industriels sont confiants dans l'idée de s'implanter dans le Gujarat, le gouvernement régional continue de les encourager grâce à des politiques incitatives comme des exemptions de taxes », explique Balram Padhiyar qui dit toujours trouver une oreille attentive auprès des instances gouvernementales. Le Gallups Industrial Park qu'il développe est l'un des plus grands parcs privés du pays et le groupe de Mukesh Amabani, l'homme le plus riche d'Inde, vient d'y implanter un entrepôt.

 

Au mois de janvier, le magnat a annoncé avoir choisi le Gujarat comme laboratoire pour lancer sa future plate-forme de e-commerce, lors d'une allocution à l'occasion du dernier sommet Vibrant Gujarat. Ces grands rendez-vous ont été initiés en 2003 par Narendra Modi lui-même. L'objectif affiché est d'attirer les investisseurs mais ils sont également une vitrine pour le Premier ministre. Les plus grands industriels du pays y défilent ne tarissant pas d'éloges sur Narendra Modi. « C'est cela que j'appellerais le « modèle Modi », une projection d'un modèle de croissance et de développement à grands coups de matraquage publicitaire », tranche le professeur Ghanshyam Shah, fin connaisseur de la région.

 

Car derrière l'éclat de ces têtes de gondole, se cachent des plus petites structures qui ne bénéficient pas des mêmes largesses que les grands groupes. Ou encore de ternes indicateurs sociaux : en matière de taux de pauvreté ou d'alphabétisation, le Gujarat se trouve en-dessous de la moyenne des autres États. Pourtant à Himnatnagar, alors que la foule des sympathisants se disperse sous les hélices de l'hélicoptère du Premier ministre, l'image qu'il s'est façonnée persiste…

 

Carole Dieterich, Les Échos.fr le 22 avril 2019.