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Le gouvernement de Narendra Modi impose de nouvelles mesures à Amazon et Walmart censées protéger les petits commerçants.

 

 

 

Dans un entrepôt d’Amazon, en périphérie de Bangalore (sud de l’Inde), en septembre 2018.Dans un entrepôt d’Amazon, en périphérie de Bangalore (sud de l’Inde), en septembre 2018.
 Reuters Photographer / REUTERS

 

 

 

Pour Amazon et Walmart, qui ont massivement investi en Inde, le coup est rude. Les nouvelles règles imposées par le gouvernement de Narendra Modi aux enseignes étrangères d’e-commerce risquent de freiner leur expansion sur l’un des marchés les plus dynamiques du monde.

 

Depuis le 1er février, les sites marchands détenus par des capitaux étrangers ne sont plus autorisés à proposer des articles vendus par des commerçants ou des fabricants dont ils sont actionnaires. Cette pratique leur permettait de contourner l’interdiction qui leur est faite de vendre directement aux consommateurs, et de financer des ventes à perte ou à des marges très réduites pour gagner des parts de marché.

 

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Les nouvelles mesures protectionnistes leur interdisent également de négocier des accords de distribution exclusifs, de gérer la logistique ou le service après-vente de tous les commerçants ou fabricants qu’ils hébergent sur leur plate-forme numérique. En résumé, les géants mondiaux du e-commerce sont désormais réduits, en Inde, à de simples intermédiaires électroniques.

 

En quelques semaines, Amazon et Flipkart ont dû retirer de leur catalogue des milliers d’articles et sortir du capital des fournisseurs qui assuraient une part importante de leurs ventes. Une mauvaise nouvelle pour Amazon, qui a investi dans le pays 4,7 milliards de dollars (4,1 milliards d’euros) au cours des six dernières années, et pour Walmart, qui a pris le contrôle de l’indien Flipkart pour 16 milliards de dollars, en mai 2018. « Les engagements de Walmart et Flipkart en Inde sont profonds et s’inscrivent dans le long terme. Malgré les changements récents de la réglementation, nous restons optimistes sur le potentiel de ce pays », a précisé l’enseigne américaine, se voulant rassurante.

 

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Selon l’agence Reuters, les Etats-Unis envisageraient des mesures de rétorsion, comme l’annulation du Système généralisé de préférences, qui prévoit des tarifs douaniers réduits pour les importations d’Inde. En octobre dernier, les géants américains de la carte bancaire – Visa, Mastercard et American Express – s’étaient déjà plaints de dispositions protectionnistes imposées par New Delhi. L’Inde leur a demandé de cesser de stocker à l’étranger toute information liée à un paiement sur son sol. Une mesure destinée à entraver la collecte, le stockage et la revente de données des consommateurs indiens.

 

« Politiques agressives sur les prix »

 

A quelques mois des élections générales prévues en avril et mai, les nouvelles règles du commerce électronique devraient rassurer les 12 millions de petits commerçants qui contrôlent près de 90 % du secteur de la distribution en Inde. Les sites marchands sont pour eux des concurrents encore plus menaçants que les supermarchés, encore rares dans le pays.

 

« En réalité, les plates-formes électroniques dans le pays s’adonnent à des politiques agressives sur les prix, négocient des exclusivités, enchaînent les rabais, financent des ventes à perte et, à cause d’elles, les petits commerçants font face à des difficultés et ne peuvent pas se battre à armes égales », a déclaré fin janvier Praveen Khandelwal, le secrétaire général de Confédération des commerçants Indiens (CAIT).

 

Pourtant, ces petits commerçants ne sont pas à l’abri de la concurrence des sites marchands indiens. Par une coïncidence troublante, l’homme le plus riche d’Asie, Mukesh Ambani, a annoncé, le 18 janvier, lors de la conférence Vibrant Gujarat Global Summit et en présence du premier ministre, le lancement d’un site marchand qui n’aura pas à subir les mêmes restrictions que ses concurrents étrangers.

 

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Son groupe, Reliance Industries Limited, possède plus de 4 000 supermarchés en Inde et s’est lancé l’an dernier dans l’Internet mobile 4G sous la marque Jio. Les deux branches « vont lancer une nouvelle plate-forme unique pour soutenir et enrichir leurs petits vendeurs et commerçants dans le Gujarat [Ouest], dont le nombre dépasse un million », a promis M. Ambani. Selon la presse indienne, Reliance Industries Limited prévoit de s’appuyer sur les petits commerçants pour les paiements et les livraisons des articles disponibles sur son catalogue électronique.

 

D’après la National Association of Software and Services Companies (Nasscom), l’association professionnelle indienne des entreprises technologiques, les sites marchands devraient réaliser en Inde un chiffre d’affaires de 38,5 milliards de dollars au cours de l’année fiscale se terminant fin mars (+ 17 % par rapport à l’année précédente). Le secteur ne représente que 3 % à 4 % de la distribution dans le pays, mais il croît rapidement grâce à une hausse du nombre de smartphones, à une chute des tarifs de la 4G et à la montée en puissance du paiement dématérialisé.

 

Julien Bouissou, Le Monde.fr le 12 février 2019.

 

 

 

Les chiffres

100 milliards

C’est, en dollars (88,3 milliards d’euros), ce que devrait peser le marché indien de l’e-commerce en 2022, soit trois fois plus qu’aujourd’hui, selon la Nasscom, l’association professionnelle indienne des entreprises technologiques

830 millions

C’est le nombre d’internautes que devrait compter l’Inde d’ici à 2021, contre 560 millions en septembre 2018, d’après le cabinet d’études RedSeer Consulting

650 millions

C’est le nombre d’utilisateurs de smartphones attendu en 2022, contre 400 millions en 2018, à en croire RedSeer Consulting