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mediaL'ancien président afghan Hamid Karzaï a participé aux deux journées de discussions à Moscou. REUTERS/Maxim Shemetov

 

 

 

C’est une conférence inédite qui s’est déroulée à Moscou durant deux jours, et qui a réuni des talibans et des représentants de l’opposition afghane, parmi lesquels l’ancien président Hamid Karzaï. Deux jours de discussions qui témoignent de l’influence croissante de la Russie dans le dossier afghan.

 

La rencontre de Moscou a respecté, en apparence du moins, à peu près toutes les règles des grandes conférences internationales : réunions dans un grand hôtel, séance plénière, conciliabules en coulisses et à l’arrivée une déclaration commune en neuf points. Seul élément manquant, et de taille, le gouvernement afghan qui n’était pas convié à la rencontre.

 

En dépit de cette absence, la rencontre de Moscou aura marqué les esprits, puisque c’est la première fois que des talibans discutent de cette manière, et à visage découvert, avec des figures de importantes en Afghanistan, à commencer par l’ancien président Hamid Karzaï, qui avait fait lui aussi le déplacement.

 

Officiellement, c’est la communauté afghane de Russie qui organisait la rencontre, mais il est évident que celle-ci bénéficiait du soutien et de la logistique apportée par les autorités russes. Après avoir organisé une première rencontre avec des talibans en novembre dernier, la diplomatie russe confirme donc son intérêt et son influence grandissante dans le dossier afghan. Pourquoi cette poussée diplomatique ? « Pour contrer la menace terroriste », explique-t-on à Moscou, les autorités russes se disant inquiètes de la présence de l’organisation de l’Etat islamique en Afghanistan, et de possibles infiltrations vers les pays d’Asie centrale (ex-URSS).

 

Bien entendu, il s’agit également de se positionner dans un dossier qui devient de plus en plus compliqué à gérer pour les Etats-Unis : Washington n’a d’ailleurs pas manqué d’accuser Moscou de parasiter ses propres efforts pour parvenir à une solution négociée. Moscou possède un atout de taille dans ce dossier : malgré le passé et l’intervention militaire soviétique dans les années 1980, la Russie est en effet considérée comme un interlocuteur neutre par ses interlocuteurs afghans, car elle n’est pas intervenue militairement dans le conflit qui déchire le pays depuis la chute des talibans en 2001.

 

Daniel Vallot, RFI.fr le 7 février 2019