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mediaDans les faubourgs de Kolkata, en Inde (illustration), le 1er février 2019. REUTERS/Rupak De Chowdhuri

 

Dirigé par les nationalistes hindous, le gouvernement indien a été élu il y a cinq ans avec la promesse de créer 10 millions d’emplois pendant son mandat. Pourtant, depuis deux ans, il n’autorise plus la publication des chiffres du chômage. Un quotidien vient de se procurer les statistiques cachées. Le résultat est alarmant. L’Inde ferait en fait face à sa pire période de chômage depuis 45 ans.

 

Le gouvernement indien ne voulait pas publier le rapport, explosif, sur le taux de chômage dans le pays. Si l’on en croit les extraits de ce rapport public publiés la semaine dernière dans le quotidien Business Standard, le chômage a explosé pendant les 18 derniers mois pour atteindre 6,1% de la population active en 2018, contre 2,2% six ans auparavant.

 

La population rurale de moins de 30 ans a été frappée le plus durement. Pour eux, le chômage a triplé en six ans pour s’établir à 15,5%. Or les deux tiers de la population indienne a moins de 30 ans et ces jeunes Indiens forment l’essentiel des actifs. Le gouvernement a donc tout fait pour empêcher la publication de ces chiffres à trois mois des élections législatives.

 

Démonétisation

 

La démonétisation est désignée coupable n°1. En novembre 2016, le Premier ministre Narendra Modi a soudainement retiré de la circulation l’essentiel des billets de banque. Ce qui devait être une opération coup de poing contre la fraude fiscale, s’est terminée en un fiasco et a paralysé l’économie indienne, qui fonctionne grâce à l'argent liquide. Les agriculteurs ne pouvaient plus vendre leurs produits, les industries payer leurs sous-traitants, et les ouvriers des chantiers de construction n’ont pu être rémunérés. Ces catégories de la population ont été mises au chômage par cette démonétisation.

 

De son côté, le gouvernement affirme que ce rapport n’était pas définitif et qu’il aurait dû être validé par le Conseil des ministres. En fait, ce n’est pas nécessaire en Inde pour ce genre d’études mais cela montre l’extrême politisation de ces données statistiques. Le gouvernement de Narendra Modi a déjà cherché à manipuler ainsi les chiffres.

 

En novembre dernier, il a ainsi révisé le mode de calcul de la croissance du PIB en sa faveur. Les nouvelles données réduisent de 1,3 points la croissance officielle pendant l’exercice du gouvernement précédent et ont augmenté le rythme d’expansion de la législature en cours. Ce bricolage inédit a été vivement critiqué par les statisticiens indiens.

 

Cette fois aussi, les spécialistes se rebellent. Le directeur de la Commission publique des statistiques, en charge du rapport sur le chômage, a démissionné la semaine dernière pour protester contre la rétention de ces données.

 

Sébastien Farcis RFI.fr le 04 février 2019.