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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

 

 

 

Le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi à New Delhi, en Inde le 11 décembre 2018. PHOTO/ADNAN ABIDI/REUTERS

 

 

 

Les nationalistes hindous du BJP ont été battus au Rajasthan, au Madhya Pradesh et au Chhattisgarh, par un Parti du Congrès qui relève la tête après cinq ans passés au fond du gouffre. Un sévère avertissement pour le Premier ministre Narendra Modi, à cinq mois des élections générales du printemps 2019.

 

En quelques heures, le paysage politique a complètement changé en Inde, mardi 11 décembre. Le Parti du Peuple Indien (BJP), omnipotent dans le pays depuis son raz de marée électoral de 2014, a essuyé une défaite humiliante dans trois États où se déroulait un scrutin régional. La formation nationaliste hindoue de Narendra Modi a été vaincue dans ses fiefs du Rajasthan, du Madhya Pradesh et du Chhattisgarh, perdant la moitié des sièges qu’elle détenait dans les assemblées législatives de ces trois États.

 

“C’est la première fois en cinq ans que le Parti du Congrès”, principal parti d’opposition, obtient la majorité absolue et c’est “la première fois que Rahul Gandhi peut savourer une victoire” depuis qu’il en a pris la présidence, il y a un an jour pour jour, fait remarquer The Indian Express. L’intéressé y voit le signe que les Indiens ont voulu sanctionner le pouvoir en place pour “la démonétisation” des billets de banque qui avait été décidée abruptement fin 2016 sans que personne ne comprenne pourquoi, mais également la mise en place chaotique “d’une TVA à taux unifiés” dans tout le sous-continent. Les électeurs ont sans doute aussi manifesté leur désenchantement face à une croissance économique “qui ne crée pas d’emploi” et face au désespoir des agriculteurs frappés par le surendettement.

 

Des législatives plus intéressantes que prévu

 

Voilà donc d’un coup le BJP “dans une situation peu enviable”, alors que doivent se dérouler des élections générales en avril 2019, relève The Hindustan Times. Dans ces régions où domine la langue hindie et où le Parti du Congrès essuyait jusqu’ici revers sur revers, la crise des campagnes due au réchauffement climatique et à des prix garantis trop bas, a été déterminante et le sera encore dans quelques mois… Il est maintenant trop tard, “le gouvernement Modi ne peut plus faire grand-chose pour répondre à l’amertume de la population rurale”, toujours archi dominante en Inde, estime le journal. Selon The Hindu, le Parti du Congrès est en train de “renaître” et se trouve désormais “en position clé au niveau national”, dans l’hypothèse où une coalition anti-BJP se mettait en place pour faire tomber Narendra Modi au printemps prochain.

 

Les législatives qui approchent s’annoncent “soudainement plus intéressantes que prévu”, pointe le site d’information The Wire, selon lequel ces élections régionales montrent pour la première fois depuis longtemps que le BJP peut être “déstabilisé et même battu” par une opposition forte. D’après lui, le problème agricole a effectivement joué un rôle déterminant dans ce renversement politique, alors que la “polarisation religieuse” qui aura été la marque de fabrique du quinquennat finissant de Narendra Modi “ne rapporte pas beaucoup de bulletins de vote”. Rien n’est joué à ce stade mais c’est un coup de semonce. Et s’ils veulent se maintenir au pouvoir à Delhi, les nationalistes hindous vont devoir user de “tout leur charme et peut-être aussi de leur argent et de leurs muscles”, prédit The Wire.

 

Guillaume Delacroix, Courrier International.com le 12 décembre 2018.