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Ramachandra Guha, en 2017. Wikimedia Commons/Sreejithkoiloth

 

 

L'un des historiens les plus remarqués d'Inde vient de refuser sa nomination dans une grande université après la pression de groupes nationalistes hindous. Ramachandra Guha, écrivain de référence sur l'histoire contemporaine et biographe de Gandhi, était directement menacé par le syndicat étudiant des hindouistes, qui considère que ses écrits sont anti-patriotiques et sèment la confusion dans les esprits des étudiants.

 

Ramachandra Guha devait occuper un poste de directeur de programme dans l'université privée d'Ahmedabad, principale ville du Gujarat, dans l'ouest du pays. Ce professeur, qui a également enseigné à la prestigieuse London School of Economics, est un historien réputé et biographe du Mahatma Gandhi. Mais le syndicat étudiant et hindouiste de l'ABVP a menacé de mener des actions violentes si la direction n'annulait pas cette nomination.

 

L'Akhil Bhartiya Vidyarthi Parishad considère que le travail de Ramachandra Guha est « anti-hindou, ne respecte pas la grandeur du passé de l'Inde, sème la discorde dans les esprits des étudiants et a pour résultat de désintégrer la nation ». L'ABVP en veut surtout à son analyse critique du mouvement hindouiste, du système de castes ainsi que de l'histoire religieuse indienne. Une censure idéologique courante depuis l'arrivée des hindouistes au pouvoir.

 

Selon des sources citées par les médias indiens, l'université a reçu de fortes pressions politiques, venant des nationalistes hindous au pouvoir. Le parti du Premier ministre Narendra Damodardas Modi est lancé depuis des années dans un projet de réécriture de l'histoire indienne, afin de faire passer la mythologie hindoue pour des faits historiques. Les historiens qui s'y opposent sont généralement poussés vers la sortie.

 

Sébastien Farcis, RFI.fr le 4 novembre 2018

 

 

 

 

 

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Rappel de l’article du 6 septembre 2018

 

À Rakhigarhi, une découverte archéologique qui chamboule tout

mediaCes squelettes ont des milliers d'années. Village de Rakhigarhi, 20 mars 2015. Manoj Dhaka / AFP

En Inde, une découverte archéologique pourrait créer un séisme politique. Les habitants de la première civilisation indienne ne ressembleraient pas du tout aux habitants du nord de l'Inde. Cela vient contrarier les hindouistes et le parti au pouvoir dans le pays, qui soutiennent avec fierté qu'ils sont les descendants directs de l'une des premières civilisations du monde.

Tout est parti de fouilles qui ont lieu depuis des années sur le site de Rakhigarhi, l'une des premières cités de la vallée de l'Indus, dans le nord-ouest de l'Inde, dans l'Etat actuel de l'Haryana. Cette ville a existé il y a plus de 4 500 ans, soit à peu près en même temps que l'émergence de la civilisation de l'Egypte antique.

Sur ce site, des archéologues ont trouvé un squelette, et à partir d'un élément génétique isolé dans son oreille, ils auraient pu identifier quel groupe ethnique vivait dans cette région à cette époque. Et c'est de là que vient la mauvaise surprise pour les hindouistes : ces habitants ne ressembleraient pas aux habitants actuels de cette région.

Depuis des années, les habitants du nord de l'Inde, et surtout les hautes castes des Brahmanes à la peau claire, affirment être les descendants de ces hommes qui ont créé l'une des plus anciennes civilisations du monde. Ils en tirent une fierté et justifient ainsi leur supposée supériorité sur les autres habitants du pays, et notamment les Dravidiens, plus petits et à la peau mate, qui habitent dans le sud de l'Inde.

Sauf que - pas de chance - si l'on en croit ces derniers résultats de l'enquête révélés par le magazine India Today et bientôt publiés dans la revue Science, les premiers Indiens à avoir formé une civilisation urbaine ressembleraient davantage à ces êtres à la peau foncée du Sud. Et les Indiens de grande taille et à la peau claire ne seraient que des immigrés arrivés après cette période de genèse merveilleuse.

Une lutte des origines extrêmement politique

Cela voudrait donc dire que les habitants actuels du nord de l'Inde, tels que le Premier ministre ou l'essentiel des politiciens indiens, ne sont que des descendants de migrants arrivés un peu après cette grande civilisation, et que les vrais enfants du sol sont les Tamouls ou les habitants du Karnataka.

Ces migrants de peau blanche auraient apporté avec eux le sanskrit et développé la culture hindoue. Cette dernière ne serait donc pas le produit des habitants originaires de l'Inde et cela risque de fâcher énormément les hindouistes.

En effet, ces derniers soutiennent depuis des années que l'hindouisme a été développé par les premiers habitants de ce sol. Donc, à leurs yeux, l'Inde est fondamentalement hindoue et les musulmans ne peuvent être que des étrangers.

Le Bharatiya Janata Party, parti nationaliste hindou du Premier ministre, a ainsi commandé un rapport qui devait prouver cette thèse, quitte à nier des preuves historiques. Ces révélations archéologiques sont donc particulièrement embarrassantes pour les idéologues. Elles risquent d'être la source d'un intense débat dans les mois à venir.

Sébastien Farcis, RFI.fr, le 6 septembre 2018.