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À la surprise générale, l’ancien président du Sri Lanka Mahinda Rajapaksa a été nommé Premier ministre, vendredi 26 octobre 2018. PHOTO : AFP / LAKRUWAN WANNIARACHCHI  AFP or licensors

 

Chassé par les urnes en 2015, l’ancien dictateur a été nommé Premier ministre à la surprise générale, vendredi 26 octobre. Évincé brutalement, le chef du gouvernement, Ranil Wickremesinghe, parle d’une décision anticonstitutionnelle et entend garder le pouvoir.

 

Depuis vendredi 26 octobre au soir, le Sri Lanka a deux Premiers ministres. La petite île de l’océan Indien a plongé soudainement dans une crise institutionnelle profonde, avec la diffusion télévisée, en fin de journée, de la cérémonie d’investiture de Mahinda Rajapaksa. C’est ainsi que les Sri-Lankais ont appris le retour au pouvoir surprise de leur ancien président, considéré par beaucoup comme un dictateur, chassé du pouvoir par les urnes en janvier 2015. Dans son édition du samedi 27 octobre, le Daily Mirror publie une grande photo de l’intéressé faisant le “V” de la victoire.

 

 

 

 

“Dans la nuit, Lake House, le siège du Daily News détenu par l’État, a été pris d’assaut par des partisans” de l’ancien homme fort de Colombo, indique le Daily FT, selon qui la “une” du journal a été modifiée sur ordre de l’intéressé, juste avant son impression, tandis que des inconnus “débarquaient sur des plateaux de télévision pour interrompre les programmes”. En pages intérieures, le Daily News rapporte sobrement les événements de cette journée surréaliste, indiquant que le président Maithripala Sirisena, ancien ministre de la Santé sous la présidence Rajapaksa (2005-2015), avait d’abord décidé la “sortie de la coalition au pouvoir” du Premier ministre, Ranil Wickremesinghe, puis lui avait adressé “une simple lettre” pour le limoger.

 

Le Daily News, contrôlé par l’État, salue le retour en grâce de M. Rajapaksa, soulignant que celui-ci était “reconnu sur la scène internationale et apprécié pour avoir mis fin au terrorisme barbare en 2009”, une référence partisane à la fin de la guerre civile obtenue par l’assassinat de plusieurs milliers de Tamouls. Tous les autres médias évoquent “un coup de force illégal”.

 

Dans une allocution officielle, M. Wickremesinghe, qui entretenait depuis plusieurs mois des relations exécrables avec le chef de l’État, a prévenu ses concitoyens qu’il restait “en fonction”, rapporte le Colombo Telegraph, non seulement parce qu’il détient “la majorité au Parlement”, mais aussi parce que la Constitution “ne donne pas le pouvoir au président” de débarquer de la sorte son Premier ministre. Les prochains jours s’annoncent agités au Sri Lanka.

 

Guillaume Delacroix, Courrier International.com le 27 octobre 2018.