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Au regard de l’image très négative du Pakistan dans l’opinion occidentale, tenter d’intéresser le grand public à ce pays est un vrai défi auquel s’est attelé un chercheur français, Gilles Boquérat, dans son ouvrage Le Pakistan en 100 questions. Si son titre interroge quelque peu, car il reflète mal l’effort de son auteur, spécialiste de la région, pour problématiser des enjeux historiques, politiques, économiques et sociétaux complexes, son contenu recèle, pourtant, de vraies vertus pédagogiques.

 

Enfermé dans sa rivalité avec l’Inde depuis la partition du sous-continent indien, en 1947, qui l’a vu naître, le Pakistan demeure encore, pour Gilles Boquérat, prisonnier de l’héritage de dictatures militaires qui ont contribué à diffuser dans la société un conservatisme religieux. Le pouvoir militaire, omniprésent, qualifié « d’establishment », pèse – aux côtés d’un système féodal intact et de dynasties familiales aux destins souvent tragiques –, sur l’histoire d’une nation fondée sur une base confessionnelle. De quoi fragiliser la consolidation d’une culture démocratique.

 

Cinquième Etat le plus peuplé au monde, deuxième pays musulman après l’Indonésie, le Pakistan, à majorité sunnite, est pourtant un acteur politique majeur. Il a été le meilleur allié de l’Occident dans la région avant d’être celui de la Chine et reste l’indéfectible soutien de l’Arabie saoudite. En 1979, il est aux premières loges quand, à ses frontières, la révolution iranienne éclate et quand les chars soviétiques envahissent l’Afghanistan.

 

Enfin, après avoir été la base arrière du djihad antisoviétique financé par les Américains et les Saoudiens, ce pays héberge aujourd’hui plusieurs millions de réfugiés afghans ainsi que le commandement taliban. Autant dire qu’aucune solution viable ne pourra intervenir sans l’implication d’Islamabad pour stabiliser cette région troublée du monde.

 

Sujets très divers et rarement évoqués

 

Gilles Boquérat n’évite aucun des sujets qui fâchent : les liens entre les services secrets et des groupes djihadistes, la place de la femme dans la société pakistanaise, le poids du wahhabisme saoudien, le rôle des militaires dans l’économie, ou encore la naissance du programme nucléaire pakistanais avec l’aide des Français, priés, en 1978, par Washington de stopper leur coopération. La dernière partie, consacrée à la société et à la culture, aborde enfin des sujets très divers et rarement évoqués quand il s’agit du Pakistan, comme sa scène rock, sa littérature, son cinéma ou l’himalayisme.

 

La forme peu académique adoptée par l’auteur allège la lecture d’un sujet qui peut être aride pour un public non spécialiste. Le recours à des questions suivies de courtes réponses sous forme de synthèse pourra, sans doute, déconcerter une certaine tradition académique, mais on ne peut que saluer ce louable effort de montrer un pays voué aux gémonies sous un autre jour.

 

 

 

Jacques Follorou, Le Monde.fr le 27 octobre 2018

 



 

Le Pakistan en 100 questions de Gilles Boquérat. Tallandier, 356 pages, 16,90 euros