Blue Flower

 

 

 

Une note du Trésor français s’interroge sur la soutenabilité des financements chinois

 

Faut-il s’inquiéter du « piège de la dette » que la Chine tend aux pays participant à ses « nouvelles routes de la soie » ? L’expression a fait florès, ces derniers mois, dans les cénacles s’intéressant à ce gigantesque programme de maillage terrestre et maritime de l’Eurasie lancé par Pékin en 2013.

 

Ces chantiers, financés à coups de dizaines de milliards de dollars de prêts chinois, dans des pays parfois vulnérables, suscitent une attention de plus en plus inquiète. « L’ampleur des financements accordés par la Chine accroît (…) le risque que soient financés des projets économiquement non viables qui pourraient notamment entraîner les Etats concernés dans des dérives d’endettement insoutenables », souligne ainsi une étude de la direction générale du Trésor publiée jeudi 11 octobre.

 

Risque pour le Laos et le Pakistan

 

Cette note, au ton équilibré, relève que la stratégie chinoise peut utilement aider à combler le déficit massif d’infrastructures dans la région, évalué à 26 000 milliards de dollars (environ 22 600 milliards d’euros) d’ici à 2030 par la Banque asiatique de développement. Mais la menace de dérapage attachée aux créances chinoises est bien présente. 

 

« En outre, les conditions attachées à certains de ces financements peuvent remettre en cause, par le jeu de la collatéralisation, certains des intérêts stratégiques des pays emprunteurs », ajoute le Trésor. C’est le cas du Sri Lanka. Fin 2017, en défaut après avoir massivement emprunté auprès de Pékin pour aménager un port en eau profonde, l’île a dû lui en céder la concession pour 99 ans.

 

Les exemples vont-ils se multiplier ? Le cercle de réflexion américain Center for Global Development a identifié huit pays auxquels les « nouvelles routes de la soie » font courir des risques élevés de surendettement. Parmi eux, le Laos, où le coût d’un projet de ligne ferroviaire s’élève à près de 6 milliards de dollars, soit environ la moitié du PIB de ce pays.

 

Dans cette liste figure aussi le Pakistan, où un chantier prométhéen – le corridor sino-pakistanais – doit permettre à la Chine de s’offrir un accès à l’océan Indien. Le pays, au bord de l’insolvabilité, a réclamé, jeudi, une assistance financière du Fonds monétaire international (FMI). Reste à voir si une telle aide ne se heurtera pas à un veto des Etats-Unis. En juillet, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, avait mis en garde contre le risque qu’un prêt du FMI soit utilisé par Islamabad pour rembourser ses dettes à la Chine.

 

Marie De Vergès, Le Monde.fr le 12 octobre 2018.