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L’Andhra Pradesh, après sa scission avec l’Etat du Telangana, en juin 2014, a décidé de se doter d’une nouvelle capitale sur d’anciennes terres agricoles.

 

 

 

Vue aérienne de la ville d’Amaravati, en avril 2018.

Vue aérienne de la ville d’Amaravati, en avril 2018. AFP

 

 

 

On parle d’elle comme du prochain éléphant blanc. Amaravati, toute jeune capitale de l’Andhra Pradesh, sur le golfe du Bengale, est l’obsession du chef du gouvernement régional, Chandrababu Naidu, depuis que son Etat s’est scindé en deux, en juin 2014, abandonnant la célèbre Hyderabad au nouvel Etat du Telangana. Trois mois après le divorce, le potentat avait dévoilé la maquette d’une cité futuriste inspirée par Singapour, pour donner un nouveau sentiment d’appartenance à ses administrés. Un plan en triangle dont deux sommets existaient déjà : Vijayawada, une agglomération de 1,4 million d’habitants, et Guntur, qui approche le million d’habitants. Objectif : réunir là 13 millions d’âmes d’ici à 2050.

 

Eric Leclerc, directeur de l’UFR géographie et aménagement à l’université de Lille, en revient. « Le gouvernement Naidu est installé sur place depuis octobre 2016 et ils sont en train de commencer la construction de cinq tours résidentielles pour loger les futurs fonctionnaires, témoigne-t-il. L’idée est de construire les infrastructures avant l’arrivée des habitants, avec de grandes artères à angle droit, des réseaux d’assainissement, l’alimentation électrique enterrée… Sur un territoire de 200 km2, c’est un peu la folie des grandeurs. »

 

Le projet repose sur la mise en commun des terres. « Près de neuf agriculteurs sur dix ont accepté de céder leur propriété, avec la promesse de s’en voir restituer 20 % sous forme de lots viabilisés », précise M. Leclerc. En attendant, la région s’est engagée à verser un salaire aux intéressés, pendant dix ans.

 

« Des tactiques coercitives »

 

« Comme à Lavasa, près de Bombay, on fait table rase de l’existant. L’accumulation primitive sur un territoire agricole qui va se couvrir d’un bâti clinquant est évidemment très tentante pour un élu, dans un pays où la politique est financée en grande partie par les entreprises privées », fait remarquer Loraine Kennedy, directrice de recherche au Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud (Ceias) du CNRS.

 

« Cette façon d’agir a été rendue possible par le recours coordonné à des tactiques coercitives. Au nom de l’urgence, les règles du jeu n’ont même pas été traduites en télougou, la langue locale », précise Chigurupati Ramachandraiah, urbaniste au Centre for Economic and Social Studies (CESS) de Hyderabad. Selon une source locale, les agriculteurs « se mordent déjà les doigts » d’avoir succombé à une négociation collective sur les expropriations. Car trois ans après le coup d’envoi, la ville n’en finit pas de sortir de terre.

 

Guillaume Delacroix, Le Monde le 8 octobre 2018.