Blue Flower

 

 

Dans cette agglomération de 3,6 millions d'habitants, les besoins quotidiens en eau, soit 460 millions de litres par jour, ne seront bientôt plus assurés. - Jean-Marie Colomb

 

Au pied de l'Himalaya, le plus grand réservoir d'eau de la planète, Katmandou, la capitale du Népal, pourrait ne plus être à même de subvenir à ses besoins en eau.

 

Le Népal est un habitué des défis posés par le changement climatique. La fonte des glaces de l'Himalaya l'a ainsi conduit à réaliser il y a deux ans un chantier spectaculaire : le drainage du lac glaciaire d'Imja Tscho. Ce dernier s'est constitué en une soixantaine d'années au pied de l'Everest et a grossi au point de menacer d'inondations les villages alentour.

 

C'est à un défi d'un autre type auquel les autorités de Katmandou font face aujourd'hui : dériver une rivière pour alimenter la première ville du pays. En effet, les deux rivières qui baignent la capitale, la Bagmati et la Bishnumati, ont un niveau de pollution aux phosphates et à l'ammoniaque qui les rendent désormais impropres à la consommation.

 

Une surexploitation des ressources

 

Dans cette agglomération de 3,6 millions d'habitants, les besoins quotidiens en eau, soit 460 millions de litres par jour, ne seront bientôt plus assurés. Certes, la ville peut compter sur les nappes souterraines de la vallée pour la moitié de ses besoins - les trois quarts lors de la saison sèche. Mais l'extraction des aquifères, qui a démarré dans les années 1970 à 2,3 millions de litres par jour a dépassé les 30 millions de litres quotidiens dès 2010. Une quantité trop importante pour que les nappes soient suffisamment réalimentées lors de la mousson. Une autre cause de la pénurie d'eau tient aux fuites du système d'adduction d'eau, construit sous la dynastie des Rana (1846-1951). Celui-ci disperse 30 à 40 % des 115 millions de litres apportés chaque jour dans le réseau de la capitale.

 

Un tunnel à la rescousse

 

Pour cette raison, les autorités locales ont décidé en 1998 de dériver une rivière au nord de Katmandou, Mélamchi, à l'aide d'un tunnel de 26 kilomètres sous les montagnes qui doit apporter 170 millions de litres par jour à la capitale népalaise. L'entrepreneur italien Coopérative Muratori Cementisti di Ravenna (CMC) a achevé le percement du tunnel en avril cette année, soit 20 ans après le lancement du projet. Des travaux ralentis à cause du séisme du 25 avril 2015.

 

 

 

Le gouvernement en place a promis aux habitants de la vallée qu'ils obtiendraient de l'eau de la rivière Melamchi à la fête nationale du Dashain, célébrée du 10 au 19 octobre cette année. Mais certains en doutent. Un ingénieur du site a expliqué à l'« Himalayan Times » qu'il faudra deux ans de plus, compte tenu du rythme des travaux, à une vitesse moyenne de 30 mètres par jour, pour achever l'ouvrage.

 

Pas de solution miracle

 

Le projet va être complété par une deuxième phase qui permettra d'acheminer l'eau des rivières Yangri et Larke vers la rivière Melamchi pour apporter 340 millions de litres d'eau supplémentaires. L'approvisionnement total en eau des trois fleuves jusqu'à Katmandou sera alors de 510 millions de litres par jour.

 

« La première distribution sera pour les habitants vivants à Katmandou même et nous, qui habitons à la périphérie, n'aurons pas de cette facilité avant quelques années encore », regrette Shibalal Giri, guide chez Alliance Himalaya Treks. Par ailleurs, le coût accru de l'eau potable sera imputé aux consommateurs. L'opérateur Katmandou Upatyaka Khanepani Limited (KUKL) a déjà augmenté le tarif de l'eau à plusieurs reprises depuis 2008. Cette année, il sera encore augmenté de 27 %.

 

Jean-Marie Colomb, Les Échos.fr le 9 octobre 2018