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Des militantes du parti du Congrès national indien brandissent des pancartes pour protester contre l'enlèvement et le viol collectif de cinq femmes en juin 2018.

Des militantes du parti du Congrès national indien brandissent des pancartes pour protester contre l'enlèvement et le viol collectif de cinq femmes en juin 2018. - AFP

 

La parole des femmes se libère peu à peu en Inde dans l'industrie du cinéma et des médias, depuis qu'une célèbre actrice de Bollywood a osé porter plainte contre un acteur, qu'elle accuse de l'avoir agressée sexuellement.

 

Un an après Hollywood, c'est au tour de Bollywood d'être gagné par le mouvement #Metoo. L'actrice indienne Tanushree Dutta a lancé la marche, poussée par les révélations de l'affaire Weinstein aux Etats-Unis.

 

L'actrice, qui avait déclaré il y a dix ans avoir été victime d'agression sexuelle par un célèbre acteur, a finalement porté plainte ce dimanche contre lui. Il s'agit de Nana Patekar, un acteur célèbre en Inde, avec qui elle avait tourné une comédie romantique en 2008. 

 

A Bollywood, une culture de la "promotion canapé" 

 

Depuis, une vague de soutien a suivi dans tout le pays et plusieurs actrices dénoncent une culture de la "promotion canapé" dans le monde très fermé du cinéma de Bombay.

 

Ces derniers jours, plusieurs hommes en vue de l'industrie du spectacle et des médias ont été publiquement accusés de comportements inappropriés envers des femmes dans cette société patriarcale. 

 

Indian Bollywood actor Nana Patekar is mobbed by the media as he leaves after making a statement outside his home in Mumbai on October 8, 2018. Indian actress Tanushree Dutta, whose recent public account of alleged sexual harassment by Patekar has sparked an outpouring of similar #MeToo accounts across the country filed a formal complaint.
AFPAFP - L'acteur Nana Patekar encerclé par des journalistes ce lundi, alors qu'il est accusé d'agression sexuelle par l'actrice Tanushree Dutta.

 

Ce week-end, le site HuffPost India a mis en ligne une longue enquête sur le réalisateur Vikas Bahl, l'un des associés-fondateurs de la société de production Phantom Films. Une entreprise à la pointe du cinéma indépendant indien, productrice entre autres la série de Netflix Le Seigneur de Bombay.

 

Une société de production dissolue

 

Une employée de la société se souvient d'une fête arrosée à Goa en 2015, durant laquelle le producteur l'aurait raccompagnée à sa chambre alors qu'elle était ivre, aurait tenté de la toucher et se serait masturbé à côté d'elle. Après la publication de cet article, la star féminine du plus célèbre film de Vikas Bahl, Queen, a exprimé son soutien à cette employée et témoigné de son propre malaise dans ses rapports avec le réalisateur.

 

À chaque rencontre, "il enfouissait son visage dans mon cou et me serrait fort et respirait l'odeur de mes cheveux. Il me fallait beaucoup de force pour me dégager de cette étreinte", a déclaré l'actrice Kangana Ranaut à India Today.

 

La veille de la parution de l'article du HuffPost India, deux des membres de Phantom Films, dont le réalisateur star Anurag Kashyap, ont annoncé sur Twitter la dissolution de la société de production. Critiqué pour sa lenteur à prendre des mesures à l'encontre de Vikas Bahl, Anurag Kashyap s'est justifié sur les réseaux sociaux, expliquant que l'accusatrice ne souhaitait pas qu'il rende l'histoire publique et qu'il ne possédait pas les bases juridiques pour licencier son associé.

 

Les accusations de comportements inappropriés ne se cantonnent pas au monde du cinéma. Des accusations ont émergé la semaine dernière contre l'humoriste Utsav Chakraborty. Il lui est reproché d'avoir envoyé des messages lubriques à plusieurs jeunes femmes.

 

Des révélations embarrassantes, au point que All India Bakchod, le collectif d'humoristes auquel il appartenait, a supprimé toutes les vidéos sur lesquelles il figurait. Prise dans la tempête, l'entreprise a dans la foulée suspendu son PDG et cofondateur Tanmay Bhat pour ne pas l'avoir sanctionné.

 

L'extrême droite contre-attaque

 

Dans un effet boule de neige, d'autres femmes ont recouru à Twitter au cours du week-end pour rendre publiques des accusations de harcèlement sexuel à l'encontre de plusieurs journalistes influents. Ces messages ont abouti à la démission lundi du rédacteur en chef politique du grand quotidien Hindustan Times, a rapporté la presse indienne.

 

Ce mouvement, qui touche pour l'instant la petite élite urbaine de l'Inde, "ne deviendra plus important que si les femmes gardent l'élan. Un retour de bâton est déjà en train de se produire. Les hommes débattent pour savoir si envoyer des textos tordus constitue du harcèlement sexuel", a déclaré Rituparna Chatterjee, journaliste et membre de l'organisation Network of Women in Media.

 

Jeanne Bulant avec AFP, BFMTV.com le 8 octobre 2018.