Blue Flower

 

 

 

François Hollande était interrogé dans un article publié par Mediapart. AFP/Martin Ouellet-Diotte

 

 

 

Un riche industriel lié à un contrat passé avec Dassault a joué un rôle de mécène pour un film de l’actrice. En tentant de se disculper de tout soupçon, l’ancien chef de l’Etat a ravivé la polémique.

 

Au cœur de la polémique, il y a d’abord un homme : Anil Ambani. Côté pile, ce riche industriel est le partenaire indien de Dassault Aviation, avec qui il a signé un juteux contrat dans le cadre d’un achat de Rafale en 2016, sous l’égide, notamment, de François Hollande. Côté face, le magnat est un mécène ayant, la même année, financé à hauteur de trois millions d’euros le film français Tout Là-Haut, sorti en décembre 2017 et produit par… Julie Gayet.

 

Pour se défendre de tout soupçon de conflit d’intérêts, François Hollande a affirmé à Mediapart, dans un article publié ce vendredi, que le gouvernement indien avait à l’époque imposé à la France le choix de son partenaire, à savoir le Reliance Group d’Anil Ambani.

 

«Nous n’avons pas eu le choix»

 

« Nous n’avions pas notre mot à dire à ce sujet, assure ainsi l’ancien chef de l’Etat. C’est le gouvernement indien qui a proposé ce groupe de service, et Dassault qui a négocié avec Ambani. Nous n’avons pas eu le choix, nous avons pris l’interlocuteur qui nous a été donné. C’est pourquoi, par ailleurs, ce groupe n’avait pas à me faire quelque grâce de quoi que ce soit. Je ne pouvais même pas imaginer qu’il y avait un quelconque lien avec un film de Julie Gayet ».

 

Ces propos ont rapidement fait la Une de la presse indienne. Car l’opposition indienne accuse justement depuis un le gouvernement de Narendra Modi d’avoir favorisé le conglomérat privé d’Anil Ambani, présumé proche du Premier ministre, mais sans expérience dans le domaine de l’aéronautique, au détriment de l’entreprise publique Hindustan Aeronautics Limited.

 

«Le Premier ministre a trahi l’Inde»

 

« Grâce à François Hollande, nous savons désormais que (Narendra Modi) a personnellement accordé un marché au potentiel de milliards de dollars à un Anil Ambani en faillite », a notamment tweeté le président du Congrès Rahul Gandhi, le fer de lance de cette polémique. Et d’ajouter : « Le Premier ministre a trahi l’Inde. »

 

Premier importateur mondial d’armements, l’Inde cherche à faire naître une industrie de défense locale pour réduire à l’avenir sa dépendance vis-à-vis de l’étranger. Le pays a donc mis en place un système obligeant les industriels étrangers à réinvestir sur le territoire indien une partie des sommes perçues via des contrats d’armement. Système dont Reliance Group a été l’un des bénéficiaires dans le cadre du contrat Rafale…

 

Peu après l’officialisation de l’achat des 36 Rafale (pour huit milliards d’euros), Dassault et Reliance Group avaient en effet annoncé la création d’une coentreprise, Dassault Reliance Aerospace, dans laquelle la société française a investi plus de 100 millions d'euros.

 

«Décision commerciale»

 

Dans un communiqué vendredi soir, le ministère français des Affaires étrangères assure que « le gouvernement français n’est en aucune façon impliqué dans le choix des partenaires industriels indiens qui ont été, sont ou seront sélectionnés par les industriels français ».

 

En Inde, le ministère indien de la Défense déclare également que « ni le gouvernement indien ni le gouvernement français n’avaient eu leur mot à dire dans cette décision commerciale ». Quant à Dassault Aviation, le groupe confirme que le partenariat avec le groupe indien Reliance est « son choix ».

 

AFP, in Le Parisien.fr le 21 septembre 2018