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Le chantier du port de Gwadar, dans le sud du Pakistan, qui fait partie du projet
de corridor économique avec la Chine et qui doit devenir le plus important port d’Asie du Sud
d’ici 2022.  PHOTO CHRISTINE-FELICE RÖHRS/AFP

 

 

 

La Chine et le Pakistan se sont engagés dimanche à promouvoir ensemble la construction du Couloir économique Chine-Pakistan (CECP), mais les contrats suscitent des inquiétudes. Ils avantageraient les entreprises chinoises, selon des propos tenus – puis démentis – par un responsable pakistanais.

 

Tout a commencé par une enquête du Financial Times, qui citait le conseiller au commerce du Premier ministre pakistanais, Abdul Razak Dawood : selon ce dernier, le chantier du CPEC (corridor économique Chine-Pakistan) “profite de façon disproportionnée aux entreprises chinoises” grâce à des avantages fiscaux et de nombreuses autres mesures incitatives dont sont exclues leurs homologues pakistanaises. Le conseiller est même allé plus loin en affirmant que les contrats signés dans le cadre du CPEC seraient réexaminés et que “nous devrions tout suspendre pendant un an, le temps de reprendre nos esprits.”

 

Le jour même où ces propos étaient rendus publics, les Pakistanais apprenaient que des délégués de leur pays et de la Chine s’étaient réunis et s’étaient mis d’accord, au terme de longs échanges, pour élargir les fondements du partenariat du CPEC et même de l’ouvrir à des “pays tiers” voisins des deux.

 

Deux informations pour le moins contradictoires. Le conseiller au commerce n’a pas tardé à se fendre d’une “clarification” en assurant que ses propos avaient été “sortis de leur contexte”. On se demande encore quel pouvait bien être ce contexte, car ses mots, eux, semblent sans ambiguïté.

 

Un partenariat qui suscite des inquiétudes

 

Tandis que Pékin et Islamabad parlaient de resserrer leurs liens, d’élargir leur coopération et d’inviter d’autres pays à se joindre à cette belle fête, un représentant du pouvoir rappelait ainsi les pesantes angoisses que suscite le partenariat au Pakistan. Et bien avant le conseiller au commerce, lui-même issu des milieux d’affaires, plusieurs organisations du monde du commerce et des entreprises avaient exprimé les mêmes inquiétudes, et en des termes très semblables.

 

Il est nécessaire de décoder le fond des deux pensées qui se sont exprimées lundi. Il ne fait aucun doute que le CPEC doit se poursuivre, et même prendre progressivement de l’ampleur. La Chine est sans conteste le voisin le plus important du Pakistan, et elle en est depuis des décennies un allié constant. Mais pour l’avenir, il est vital que le Pakistan garde pour priorité la défense de ses intérêts et de ses traditions politiques.

 

Où en sont les promesses?

 

Dans quelle mesure le nouveau gouvernement [d’Imran Khan, parvenu au pouvoir après avoir battu l’ancienne majorité fin juillet 2018] se fait-il la voix des milieux d’affaires dans sa conception du CPEC? Jusqu’où est-il prêt à aller pour honorer la promesse faite aux électeurs de conduire un audit de certains chantiers du CPEC, comme de celui de l’Orange Line [le futur métro de Lahore], de mener dans une plus grande transparence les futures négociations du CPEC comme celle autour de la ligne ferroviaire ML1 [entre Karachi et Peshawar], et de soumettre au Parlement certains aspects des accords déjà conclus? Ce sont là autant d’engagements pris par le Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI) avant et après l’élection, et nous avons besoin aujourd’hui de savoir où en sont ces promesses. Après les propos d’Abdul Razak Dawood, l’ambassade de Chine au Pakistan a elle aussi réagi en publiant un communiqué virulent, assurant que l’article du Financial Times se basait sur des informations erronées [et réaffirmant l’attachement des deux pays au CPEC].

 

Une chose est sûre : il est temps pour le Pakistan de choisir le cours que doit prendre cette nouvelle “route de la Soie” qu’est le CPEC.

 

Courrier Internationa.coml (Editorial), le 13 septembre 2018.

 

 

 

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Source

Dawn

Karachi, Lahore, Islamabad

www.dawn.com

Dawn a été créé en 1947 lors de l’indépendance du Pakistan par Muhammad Ali Jinnah, père de la nation et premier président. Un des premiers journaux pakistanais de langue anglaise.