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En affichant un PIB de 2597 milliards de dollars en 2017, l’Inde est devenue la sixième économie mondiale, devant la France. Événement ponctuel ou véritable tendance de fond, il apparaît désormais essentiel de mettre en perspective l’avènement de l’Inde comme l’une des premières puissances mondiales au prisme de l’économie.

 

L'éveil d'une puissance, la confirmation d'une croissance

 

Depuis les années 1990, et plus précisément depuis le début du siècle, les États du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont connu une accélération de la croissance de leur PIB plus rapide que leurs homologues occidentaux.

 

Plafonnant à 466 millions $ au début des années 2000, c'est à dire moins d'un tiers du PIB français à la même période, le PIB indien s'est très rapidement bonifié avec les années ; multiplié par 5 alors que son homologue gaulois ne prenait "que" 70 %.

 

Évidemment, la crise de la dette souveraine européenne en 2011-2012 ou la crise des subprimes sont passées par là, prenant de court les pouvoirs publics, plaçant les investisseurs dans une situation complexe. Les chiffres de la croissance post-2008 le démontrent bien, la France ne retrouvant le chemin de la croissance qu'en 2013. Quid de l'Inde ?

 

Fort de l'émergence rapide des marchés émergents gonflant son commerce extérieur tout en rassurant son marché intérieur, d'un niveau de liquidité élevé et d'une réglementation financière favorable aux secteurs financiers et bancaires, l'Inde a été moins touchée que les pays du G7.

 

Nous pouvons le voir très facilement en partant de 2012. Nous remarquons que, stimulée par une croissance de 45 %, l' économie indienne a laissé sur place la France et plus globalement, les pays de l'OCDE.

 

Autre élément fort de sens, l'indice du principal indicateur boursier indien - le Nifty - est passé de 1000 points en 1995 à 11 356 points en juillet 2018. Alors que le CAC 40 a quant à lui perdu 3 % depuis le début des années 2000.

 

Ces indicateurs expliquent, en partie, la bonne santé de l'économie indienne. Nous pourrions aussi parler de la croissance démographique et de l'exode rural. Surtout, ils constituent un socle macro-économique favorable à une nouvelle accélération, plaçant définitivement l'Inde comme un territoire propice aux investissements, notamment pour les entreprises françaises.

 

L'Inde, premier partenaire de la France

 

L'Inde est d'abord l'un des premiers partenaires économiques de l'Union européenne. L'UE a enregistré un excédent commercial avec l'Inde entre 2007 et 2012. Malgré une baisse de régime en 2013, les échanges commerciaux entre l'Inde et la France n'ont cessé de croître. Entre 2008 et 2017, les exportations vers l'Inde ont augmenté de 10,4 milliards d'euros, tandis que les importations ont culminé à 14,5 milliards d'euros. Parmi les données collectées par Eurostat, nous apprenons les secteurs de l'industrie, de la chimie et de l'automobile sont les principales locomotives tirant les échanges entre l'Inde et l'Europe.  

 

Où se trouve la France ? Sept États membres de l'UE ont importé plus de 3 milliards d'euros en provenance d'Inde : le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, la France, les Pays-Bas et l'Espagne. L'Allemagne étant, en volume d'échanges, encore une fois le meilleur élève européen. Fort de cette dynamique, la France a très rapidement cramponné le potentiel économique du commerce avec la région d'Asie-Pacifique (APAC). Depuis 2008, la croissance annuelle des exportations vers l'APAC est de 5,9 %, la plus élevée de toutes les destinations du Monde. Encore un signe positif. Si on circonscrit ces chiffres à l'Inde, la tendance se confirme. Notons qu'au cours des 6 premiers mois de l'année 2017, les exportations françaises vers l'Inde ont augmenté de 31,2 % (source : Eurostat).

 

Pour se convaincre du bien-fondé de l'Inde, comme terre promise des investisseurs, il suffit de regarder les chiffres en matière d'Investissements Directs à l'Étranger (IDE). La France est le dixième investisseur étranger en Inde avec un investissement cumulé de 5,82 milliards de dollars d'avril 2000 à juin 2017.

 

Enfin, notons que de plus en plus filiales d'entreprises, de différents secteurs, s'implantent en Inde. Selon l'Ambassade indienne à Paris, la presque totalité des entreprises du CAC 40 ont leur antenne en Inde. Une centaine de PME sont également présentes dans le secteur de l'industrie et de la chimie. Il en découle une couverture sectorielle complète.

 

Cerise sur le gâteau, les relations politiques sont au beau fixe

 

Marqués par la co-organisation du sommet fondateur de l'Alliance solaire internationale en mars 2018, le Président Macron et le Premier ministre indien Modi ont souhaité marquer la convergence des deux pays vers le développement de l'énergie solaire.

 

Toujours en mars dernier, les deux dirigeants ont également assuré vouloir entretenir le dynamisme économique entre l'Inde et la France, en pariant notamment en encourageant les entreprises de taille intermédiaire et les PME à s'implanter en Inde.

 

Parmi les priorités sectorielles évoquées par les deux dirigeants, plusieurs secteurs ont été cités : l'énergie, les technologies, les infrastructures. 

 

Alors oui, l'Inde est passée devant la France. Loin d'être anecdotique, cet événement doit devenir un catalyseur pour les investisseurs, pris en étau entre l'incertitude des marchés européens et des politiques publiques et la concurrence croissante.

 

L'Inde est plus qu'un territoire d'opportunités pour les investisseurs, c'est un territoire d'actions concrètes, de projets porteurs, de croissance.

 

Nick Parsons, Les Echos.fr le 11 septembre 2018