Blue Flower

 

 

 

 

 

Pakistan : qui est Imran Khan, le nouveau Premier ministre, ancien champion de cricket?

Imran Khan, Premier ministre pakistanais, illustration.© Athit Perawongmetha Source: Reuters

 

 

 

Le vainqueur des élections du 25 juillet au Pakistan, Imran Khan, à la tête du Parti du Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) a promis que son gouvernement renforcerait ses relations avec la Chine et l’Iran et réviserait les liens avec les États-Unis.

 

Célèbre à travers le monde pour ses talents de champion de cricket, le sport national au Pakistan, le nouveau Premier ministre Imran Khan, élu aux élections législatives du 26 juillet, est une sorte d'Ovni politique et semble déchaîner les passions, tantôt qualifié de libéral, tantôt d'islamiste. Si son mandat permettra de mieux le cerner et de montrer ses réelles orientations idéologiques, voici pour l'heure quelques éléments d'information sur cette personnalité au parcours original.

 

Entré en politique en 1996, l'ancien «capitaine» a largement bâti sa campagne sur la lutte contre la corruption. Son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), dont le nom signifie «Mouvement pour la justice au Pakistan» a longtemps dû se contenter de peu de sièges. Réformiste, il promet l'avènement d'un «Etat-providence islamique» et d'un «Nouveau Pakistan».

 

Né en 1952 dans une famille aisée de Lahore, au nord-est du pays, Imran Khan a étudié dans les meilleures universités pakistanaises et anglaises. Diplômé d'Oxford, il se fait rapidement remarquer au cricket dans des clubs anglais. A 19 ans, il débute en sélection nationale du Pakistan et devient le meilleur joueur de l'histoire du cricket pakistanais. Agé de 65 ans, Imran Khan est populaire, adulé par des millions de Pakistanais pour avoir mené l'équipe nationale de cricket, sport roi dans le pays, à sa seule victoire en Coupe du monde en 1992. Après une vie de jet-setteur, ses positions religieuses affichées contrastent avec une réputation de grand séducteur qui lui colle à la peau depuis qu'il résidait à Londres au sommet de sa carrière sportive. Il s'est d'ailleurs marié trois fois.

 

Lutter contre la corruption

 

Imran Khan a passé sa carrière à brocarder les corrompus. En octobre 2016, il qualifie la corruption de «risque sécuritaire pour le Pakistan». «La corruption entrave la lutte contre le terrorisme», affirme-t-il. Mais son parti lui-même n'échappe pas aux scandales. En avril, vingt parlementaires de sa formation, le PTI, vendent leurs voix à deux politiciens d'un autre parti, dont ils permettent l'élection au Sénat. Furieux, Imran Khan convoque la presse et donne les noms des corrompus. Il promet de les transmettre à une Cour anticorruption.

 

Apprendre de la Chine

 

Lors de son discours de victoire, Imran Khan a déclaré que sous son gouvernement, les relations avec la Chine continueraient à se renforcer et que ce sera un objectif fondamental d'apprendre de la Chine comment réduire efficacement la pauvreté. Il a ajouté qu'il est essentiel que le Pakistan saisisse les opportunités inhérentes au projet Corridor économique sino-pakistanais (CPEC) pour que les investissements chinois au Pakistan puissent fonctionner au profit de tous les citoyens. Enfin, il a déclaré que son gouvernement apprendrait également de la Chine comment contrôler la corruption.

 

Contre les guerres des Etats-Unis et pour la paix régionale

 

Imran Khan a toujours exprimé son scepticisme quant à une relation déséquilibrée avec la première puissance mondiale. Il a condamné la «guerre contre le terrorisme» de Washington en Afghanistan comme un exercice futile qui a alimenté de nombreux incendies régionaux dont les Pakistanais ont souffert de façon disproportionnée.

 

En 2013, Imran Khan a réalisé un documentaire destiné à sensibiliser le public américain aux ravages commis par les drones américains sur les civils pakistanais. «Ces frappes violent les lois internationales. Nous ne voulons pas de guerre avec l'Amérique mais nous protestons contre ses politiques cruelles.» Il est parfois surnommé «Taliban Khan» par ses opposants pour avoir suggéré des négociations de paix avec les insurgés islamistes qui mettaient à feu et à sang les territoires situés le long de la frontière afghane, et du fait d'une condamnation jugée trop tiède d'un attentat taliban contre la jeune icône pakistanaise du droit des femmes à l'éducation Malala Yousafzai en 2012.

 

En outre, lors de son discours de victoire à la suite des élections, il a lancé un message de paix en Afghanistan parlant même d'abroger les frontières à la manière des pays de l'UE : «Nous voulons travailler de toutes les manières possibles pour assurer la paix en Afghanistan. [...] L'Afghanistan est notre voisin qui a connu le plus de misère humaine et de dommages au nom des guerres. Le peuple afghan a besoin de paix et le Pakistan veut la paix en Afghanistan».

 

En ce qui concerne l'Inde, Imran Khan a déclaré qu'il espérait améliorer les relations avec un voisin traditionnellement hostile, promettant : «Si le gouvernement indien fait un pas vers nous, nous en ferons deux, mais ils doivent faire ce pas.»

 

Imran Khan s'est également engagé à améliorer les relations avec l'Iran tout en maintenant de bons liens historiques avec l'Arabie Saoudite. En ce sens, il a offert d'agir en tant que partie neutre dans les conflits au Moyen-Orient.

 

Polémiques

 

Le nouveau Premier ministre pakistanais est en outre un habitué des polémiques. Sa personnalité complexe et ses prises de position sont déroutantes pour les observateurs internationaux. Ainsi, sur le féminisme, Imran Khan a déclaré être «complètement en désaccord avec ce concept occidental, le féminisme, qui dégrade le rôle de la mère». En outre, son parti est «entièrement» favorable et «défendra» la très controversée loi réprimant le blasphème au Pakistan, qui prévoit jusqu'à la peine de mort.

 

RT (Russia Today), le 1er août 2018.