Blue Flower

 

 

 

Des clients et une vendeuse dans un magasin de saris à Bangalore, dans le Karnataka, en Inde, le 13 octobre 2011. PHOTO / MANJUNATH KIRAN / AFP

 

 

 

Les femmes qui travaillent dans les commerces indiens de textile subissent des conditions de travail extrêmement rudes. Après plusieurs années de combat mené par des militantes, l’État du Kerala a amendé la loi relative aux magasins et aux établissements commerciaux. 

 

“Vous devez rester debout douze heures d’affilée, tous les jours. […] On surveille le moindre de vos mouvements, et vous êtes sanctionnée pour le moindre écart – par exemple s’appuyer contre un mur (ne serait-ce que quelques secondes), parler avec d’autres personnes ou s’asseoir”, décrit The Better India, avant de demander à ses lecteurs : pourriez-vous imaginer de quelle profession et de quelle époque il s’agitdans ce témoignage?

 

Le média donne rapidement la réponse à la triste devinette : il s’agit des conditions de travail des femmes dans les magasins de textile au Kerala, État situé à la pointe sud de l’Inde. En plus d’avoir l’interdiction de s’asseoir, elles n’ont droit qu’à deux pauses de cinq minutes dans la journée pour aller aux toilettes – quand des lieux sont prévus à proximité, ce qui n’est pas toujours le cas – et doivent prendre leur déjeuner en moins de trente minutes. “Les femmes veillent à ne pas trop boire parce qu’elles ne peuvent pas aller aux toilettes quand elles le veulent. Elles contractent des infections urinaires et ont des problèmes de reins. La position debout leur crée des varices et des douleurs aux articulations”, témoigne la militante Viji Penkoot, dans The Guardian. Et pour s’assurer du respect des règles, les employeurs n’hésitent pas à filmer les vendeuses avec des caméras.

 

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Anita, au septième jour de la saison festive d’Onam, relate The Times of India. Après les pluies, on fête l’arrivée des beaux jours et la période attire de nombreux clients. Alors que l’un d’entre eux a longtemps discuté des modèles de vêtements, elle s’est permis, le temps de quelques minutes, de s’appuyer contre un mur avant d’être rappelée à l’ordre par l’un des chefs d’équipe.

 

“À la fin du mois, ma paie a été amputée de 100 roupies. Le propriétaire du magasin, qui était à l’étranger, avait vu la bande de vidéosurveillance”, explique-t-elle au média

 

.

 

Une femme dans un magasin et atelier de saris à Bhoodan Pochampally, en Inde, le 3 mars 2014. PHOTO / NOAH SEELAM / AFP

 

 

 

Le rôle clé des militantes

 

Le cas d’Anita est l’un des nombreux exemples de ce que dénonce le mouvement de contestation pour “le droit de s’asseoir” (“iruppu samaram” en malayalam, la langue de l’État du Kerala). Après huit ans de combat, ces militantes ont obtenu gain de cause le 4 juillet. Ainsi, le gouvernement de l’État a amendé la loi portant sur les magasins et les établissements commerciaux. La durée de travail sera désormais limitée à huit heures par jour pour les femmes et elles seront autorisées à utiliser une chaise ou un tabouret au travail. De plus, cet amendement permet aux vendeuses de profiter d’une pause au cours de l’après-midi, fixe un revenu minimum mensuel de 10000 roupies (soit 125 euros) et rend la pause déjeuner obligatoire – bien que la durée n’ait pas encore été annoncée.

 

Une victoire obtenue notamment grâce à la lutte de Viji Penkoot, qui milite contre les conditions de travail difficiles des Indiennes depuis 2010. Elle explique à The Week :

 

Les propriétaires de magasins, y compris l’association des marchands du Kerala, nous ont dit que si on voulait s’asseoir ou utiliser les toilettes, nous n’avions qu’à rester chez nous. Ça nous a vraiment mises en colère, et c’est comme ça qu’a commencé le mouvement ‘iruppu samaram’ pour le droit de s’asseoir.”

 

Dans The Better India, la chef de file du mouvement de contestation ajoute : “La plupart des autres syndicats sont dirigés par des hommes, il n’y avait donc pas un grand empressement pour se pencher sur cette question.” Elle reconnaît toutefois, non sans regrets, dans The Guardian : “Ça nous a pris beaucoup de temps pour attirer l’attention du gouvernement sur ce problème.”