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Fin 2017, les autorités indiennes ont contacté leurs fournisseurs étrangers pour diminuer entre un tiers et la moitié leur commande de 27.000 tonnes. - Crédits photo : Thomas White/REUTERS

 

 

 

Selon la presse indienne, les autorités financières ont annulé une commande de papier-monnaie. L'objectif du gouvernement est de promouvoir les paiements dématérialisés face aux espèces.

 

L'information a secoué le milieu feutré des fabricants de billets de banque. À l'automne 2017, les autorités monétaires indiennes ont contacté leurs fournisseurs étrangers pour annuler d'un tiers à la moitié d'une commande de 27.000 tonnes de papier-monnaie. La vente avait été conclue quelques semaines après le remplacement des coupures de 500 et 1000 roupies par des billets de 500 et 2000 roupies fin 2016. À ce moment-là, l'Inde manquait d'argent liquide. En effet, le 8 novembre 2016, le premier ministre, Narendra Modi, avait annoncé l'annulation immédiate des vieilles coupures, sans préavis.

 

Du jour au lendemain, les Indiens s'étaient rués dans les distributeurs pour obtenir des devises, poussant la filiale de la banque centrale indienne en charge de l'impression, la Bharatiya Reserve Bank Note Mudran Private Limited (BRBNMPL), à passer une grosse commande de papier. Mais neuf mois plus tard, elle serait revenue sur sa décision à en croire le quotidienThe Indian Express, dans un contesxte où le gouvernement veut développer la fabrication nationale de billets de banque.

 

Pire encore pour les fournisseurs, The Indian Express a révélé que la BRBNMPL avait demandé, le 2 avril, la destruction des stocks non livrés pour des raisons de sécurité. Mais les sociétés concernées, une dizaine environ, rechigneraient à s'exécuter parce que la partie de la commande qui a été annulée n'aurait pas été réglée.

 

Réduire l'argent noir

 

L'annulation décrétée en septembre 2017 a été un coup dur pour un secteur en mauvaise santé financière. Deux entreprises en particulier auraient été touchées: le français Arjowiggins Security et le suisse Landqart. La première, filiale de Sequana et spécialisée dans la fabrication de billets de banque, est en cours de cession (nos éditions du 11 avril).

 

Quant à Landqart, en septembre 2017, cette société suisse était une filiale du groupe canadien Fortress Paper. Lorsqu'elle a reçu l'avis d'annulation, elle a perdu 16 % de son carnet de commandes de l'année 2017 et 30 % de celui de 2018 selon Fortress Paper. Du coup, le 20 décembre, le groupe a annoncé la vente de Landqart à la Banque nationale suisse et au groupe helvète Orell Füssli pour 21,5 millions de francs suisses (18 millions d'euros).

 

Ironie du sort, la baisse de commande intervient alors que plusieurs États de l'Inde comme le Telangana, l'Andhra Pradesh et le Bihar connaissent une pénurie de billets depuis plusieurs semaines. La banque centrale a pourtant remplacé toutes les coupures retirées en novembre 2016. Et le gouvernement fédéral tente d'encourager les paiements dématérialisés pour réduire l'argent noir. Seulement voilà : les Indiens sont attachés aux espèces qui restent utilisées dans 90 % des transactions. Il n'est pas étonnant donc que les fournisseurs européens hésitent à détruire leur stock de papier-monnaie comme l'exige l'Inde. Certains espèrent que les autorités locales reviendront sur leur décision pour surmonter la pénurie.

 

Emmanuel Derville Le Figaro.fr le 11 avril 2018.