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Pendant plus de deux heures, samedi, « Macron le manager » a joué de sa relative jeunesse et de son image nouvelle pour tenter de séduire cette partie de la population indienne.

 

Emmanuel Macron rencontre des jeunes indiens à Bikaner House à New Delhi, Inde, samedi 10 mars.

Emmanuel Macron rencontre des jeunes indiens à Bikaner House à New Delhi, Inde, samedi 10 mars. Jean-Claude Coutausse / french-politics pour Le Monde

 

En bras de chemise (blanche) et en anglais. Emmanuel Macron a profité de sa visite d’État en Inde pour s’adresser plus spécifiquement, et à sa manière, à la jeunesse du pays, samedi 10 mars. Le chef de l’État rêve en effet d’attirer une grande partie des jeunes cerveaux du géant asiatique en France, alors que 600 millions d’Indiens ont moins de 25 ans.

Pendant plus de deux heures, « Macron le manager », comme l’a surnommé l’hebdomadaire India Today, a donc joué de sa relative jeunesse (40 ans) et de son image nouvelle, pour tenter de séduire cette partie de la population indienne. Devant un auditoire de plus de 200 étudiants réunis en plein air sous les arbres et le soleil d’une résidence de New Dehli, il a livré une masterclass sur le pouvoir, debout sur une scène, micro à la main et le tout en anglais. Si l’exercice avait été une réussite à Ouagadougou, lors de son déplacement au Burkina Faso en novembre 2017, il a été cette fois plus compassé du fait des questions bien sages des étudiants triés en amont et appartenant pour la plupart aux classes aisées indiennes.

« Vous avez quelque chose à apporter à la France et la France a quelque chose à vous apporter », a déclaré M. Macron qui veut doubler le nombre d’étudiants indiens venant dans l’Hexagone d’ici deux ans. A ce jour, seuls cinq petits milliers viennent étudier en France, préférant nettement, en Europe, le voisin britannique. Paris voudrait bénéficier des craintes suscitées en Inde par le Brexit pour dévier une partie de ces étudiants vers la France.

 

Jean-Claude Coutausse / french-politics pour Le Monde

 

Reconnaissance mutuelle des diplômes

Pour cela, le président de la République a signé à New Dehli un accord pour faciliter la reconnaissance mutuelle des diplômes entre la France et l’Inde, ainsi que plusieurs « mémorandum d’entente » entre des grandes écoles ou centres de recherche français (Ecoles Normales Supérieures, CNRS, Mines-Télécom, Centrale, etc) et leurs homologues indiens. « Beaucoup de jeunes chercheurs indiens qui vont à l’étranger ne vont pas en France. Vous devez aller en France ! Nous avons d’excellentes universités et d’excellents centres de recherches en sciences, en sciences sociales, en lettres », a insisté M. Macron.

Mais le chef de l’État a surtout profité de son stand-up politique pour répondre à des questions sur son propre profil et sa propre réussite. « J’ai eu beaucoup de chance, mais je n’ai jamais cherché de solution dans les certitudes des autres, j’ai toujours suivi la direction qui me semblait la bonne », a-t-il expliqué. Revenant sur son parcours – énarque, puis banquier d’affaires, puis responsable politique – il l’a pris comme exemple pour démontrer à son jeune auditoire que « rien n’est figé à 20 ou 25 ans ». « A votre âge, je n’avais pas dans l’idée d’intégrer l’administration. Au début du XXIe siècle, être fonctionnaire n’était pas vu comme quelque chose de cool. Mon projet initial était d’être écrivain, mais j’ai fait autre chose. J’ai toujours agi à contre-courant », s’est vanté M. Macron, ajoutant à propos de son élection, il y a bientôt un an, que « tout le monde en France pensait qu’on ne pouvait rien changer en politique et que l’avenir était aux populismes et aux extrêmes, mais j’ai démontré le contraire ».

M. Macron a bien tenté d’utiliser également cet échange pour envoyer des messages sur les rapports hommes-femmes, ou les relations entre les religions, au gouvernement indien de son « ami », le premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi. Mais en vain, aucun étudiant ne répondant à son invitation de l’interroger sur ces sujets.

 

Jean-Claude Coutausse / french-politics pour Le Monde

 

 

La France aurait changé

Vikrant Zutschi, étudiant à l’université d’Ashoka près de New-Delhi, a découvert Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux en 2017, en voyant une vidéo de lui recevant un œuf sur la tête au salon de l’agriculture. Il s’est depuis intéressé aux idées de celui qui est le « seul en Europe à avoir battu le populisme ». « Il est le symbole d’un monde qui change, il est tellement jeune qu’il ne ressemble pas à un président », témoigne-t-il.

Au parlement Indien, l’âge médian des parlementaires est deux fois plus élevé que celui de la population du pays. « Son discours n’a jamais été aussi pertinent qu’aujourd’hui. On doit aussi dépasser en Inde les clivages politiques pour résoudre les questions comme le changement climatique » ajoute Aashna Lal, qui étudie les Sciences Politiques à l’université Ashoka. Et l’étudiante de préciser : « Son discours fait sens car nous sommes une petite minorité éduquée parlant anglais, mais il ne peut pas résonner dans le reste de l’Inde. »

En s'adressant à la jeunesse indienne, M. Macron a voulu faire passer un autre message, déjà répété lors de son voyage en Chine en janvier : depuis son arrivée à l’Elysée, la France aurait changé. « Il faut toujours changer les mentalités, surtout pour la France », a-t-il expliqué, précisant que le début de son quinquennat a fait « changer l’état d’esprit français » en facilitant « davantage l’entreprenariat » et en augmentant « le nombre de preneurs de risques » dans le pays. « Il faut toujours inciter à essayer, peut-être pour échouer, mais jamais pour abandonner », a conclu M. Macron, avant de s’offrir une longue séance de selfies avec ses invités.

Julien Bouissou et Bastien Bonnefous, Le Monde.fr le 10 mars 2018.