Blue Flower

 

 

 

Le premier ministre canadien a multiplié les maladresses lors de sa visite, pour laquelle les autorités lui avaient programmé un accueil des plus froids.

 

 

 

Justin Trudeau, le 21 février à Amritsar, dans le Pendjab indien.

Justin Trudeau, le 21 février à Amritsar, dans le Pendjab indien. AP

 

 

 

La journaliste indienne Barkha Dutt n’y est pas allée par quatre chemins : « Les huit jours d’expédition de Trudeau en Inde ont été un fiasco absolu. » Raillé pour ses tenues, critiqué pour sa proximité supposée avec les mouvements séparatistes sikhs, le chef du gouvernement canadien a terminé samedi 24 février un long séjour en Inde qui a parfois tourné au calvaire.

 

Les visites de chefs d’Etat dans ce pays sont parfois répétitives et ennuyeuses. Celle de Justin Trudeau fut au moins mémorable. Il avait promis avant son départ du Canada une visite « focalisée sur la création d’emplois et le renforcement des liens profonds entre nos deux peuples ». Mais l’accueil à Delhi fut plutôt froid. Seul un ministre indien de second rang, chargé de l’agriculture, l’attendait sur le tarmac de l’aéroport. Selon les médias indiens, le premier ministre Narendra Modi aurait réservé le service minimum à son homologue, soupçonné de sympathie pour les séparatistes sikhs au Canada, qui sont au nombre d’un demi-million. Certains soutiennent la création d’un Etat indépendant au Penjab, dans le nord de l’Inde. Une rébellion sanglante y a été écrasée dans les années 1990.

 

« L’unité de l’Inde »

 

Désertée par les responsables politiques indiens, la visite d’Etat a vite pris des allures de vacances. Justin Trudeau s’est rendu en famille au Taj Mahal, puis a visité en tee-shirt un centre de soins et de conservation des éléphants. La famille a ensuite visité seule l’ashram du Mahatma Gandhi, à Ahmedabad. Habillés de tuniques rouge et orange, avec des guirlandes de fleurs autour du cou, on aurait pu les confondre avec les Beatles venus en Inde suivre les enseignements du Maharishi Mahesh Yogi, le fondateur du mouvement de la méditation transcendantale. A Bombay, le premier ministre canadien a ensuite revêtu un sherwani, un manteau brodé de fils dorés, devant des acteurs de Bollywood médusés. Personne en Inde n’ose porter de sherwani, sauf pour se marier ou tourner dans un film. Justin Trudeau a même dansé le bhangra, une danse pendjabie, en sherwani, sans vraiment convaincre. Trop de séduction tue le rapprochement entre les peuples.

 

Pendant que Justin Trudeau déambulait dans cette tenue, son épouse Sophie s’est fait prendre en photo, lors d’une réception à Bombay, avec Jaspal Atwal, un ancien séparatiste sikh condamné à vingt ans de prison pour avoir tenté d’assassiner un responsable politique indien. L’invitation qui lui avait été faite à une réception à l’ambassade du Canada a ensuite été annulée de justesse. Justin Trudeau a dû s’excuser en déclarant (habillé, cette fois, en costume-cravate) qu’il soutenait « l’unité de l’Inde », des paroles au parfum suranné que n’osent plus vraiment prononcer les autres chefs d’État étrangers depuis l’indépendance du pays en 1947. M. Trudeau est pourtant l’un des rares à avoir eu le courage de se rendre dans une mosquée et une église, à l’heure où les minorités religieuses souffrent de la montée du nationalisme hindou, et d’aborder la question du droit des femmes. Mais personne ne l’a remarqué.

 

Julien Bouissou, Le Londe.fr le 24 février 2018.