Blue Flower

 

 

 

Le parti BJP pro-hindou accuse les Rohingyas de soutenir les militants islamiques pakistanais et les menace de déportation. Le conflit secoue l’état de Jammu-et-Cachemire, dans le nord du pays, depuis le partage de l’Inde et du Pakistan en 1947.

 

Le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti indien pro-hindou, demande une fois encore que les réfugiés rohingya soient expulsés du nord de l’état de Jammu-et-Cachemire, dans le nord de l’Inde. Dans cet état indien bordant le Pakistan, ravagé par les conflits, le BJP accuse la minorité rohingya persécutée de protéger des militants islamiques pakistanais. Depuis le 10 février, le parti a intensifié ses menaces de les expulser de force.

 

L’élément déclencheur de ces menaces est venu de l’attaque suicide de trois militants de Jaish-e-Mohammad, un groupe terroriste basé au Pakistan, contre un camp d’entraînement de l’armée indienne à Jammu. Durant les combats de presque 48 heures qui suivirent, dix personnes ont trouvé la mort, dont six membres de l’armée, un civil et les trois rebelles.

 

Le parti pro-hindou, membre de la coalition dirigeant l’état indien à majorité musulman, a accusé les Rohingyas de protéger les militants pakistanais tentant d’arracher la région du contrôle hindou. Selon les enregistrements officiels, 1 219 familles rohingya vivent au Jammu-et-Cachemire, soit 5 107 personnes en tout. La plupart d’entre eux vivent dans des abris de fortune, au bord de la route, et survivent de petits travaux quotidiens.

 

« Nous demandons leur déportation immédiate »

 

Des centaines de milliers de musulmans rohingya ont fui leur région d’origine, l’état de Rakhine en Birmanie, suite aux violences et aux discriminations. Le gouvernement birman, qui leur refuse la nationalité birmane, les considère comme des migrants du Bangladesh, où ils font pourtant face à la même discrimination.

 

Le parti BJP a adopté une position similaire. Les musulmans rohingyas représentent, pour Kulvinder Gupta, un dirigeant du parti, « une menace pour la sécurité » de l’état de Jammu-et-Cachemire : « Il y a des plaintes à leur encontre. Le gouvernement a reconnu que le nombre de Rohingyas et de Bangladais augmente, et que cela pose un problème pour la sécurité. »

 

Un autre responsable du parti, Ravinder Raine, estime qu’il est temps, pour le gouvernement, de les déporter : « Des services de renseignement nous ont alerté, la présence des Rohingyas risquant d’être exploitée par des groupes terroristes du Pakistan. Nous demandons leur déportation immédiate. » Les médias locaux ont rapporté d’autres réactions du même acabit, comme la présence d’homme masqués en motos menaçant les réfugiés à Jammu. Un quotidien local, rédigé en ourdou, a rapporté que du kérosène avait été déversé sur des abris par des groupes non-identifiés cherchant à les incendier, durant la nuit du 12 février. Des affiches les exhortant à ramasser leurs affaires et à quitter le pays ont également été distribuées dans les camps rohingya.

 

« Chasse aux sorcières »

 

Plusieurs organisations musulmanes ont exprimé leurs inquiétudes envers le traitement des Rohingyas, certains ayant déjà connu d’épouvantables conditions dans les camps réfugiés du Bangladesh ou ailleurs. Un responsable politique local, Sheikh Abdul Rashid, confie que les musulmans rohingya ont déjà fait face à la misère et à des épreuves terribles, et qu’ils ne doivent pas être associés sans preuves aux organisations terroristes : « Ils manquent même d’eau et d’installations sanitaires. »

 

Muhammad Yasin Khan, du groupe Kashmir Economic Alliance (KEA), un conglomérat d’affaires local, appelle cela « une chasse aux sorcières » et une « conspiration » contre les musulmans, ce qui selon lui s’accorde bien avec l’objectif principal du BJP, construire une nation hindou. Sujaa Ahmad, un travailleur social au service de l’éducation des enfants rohingya, affirme que les menaces et intimidations des hindous extrémistes ont déjà obligé plusieurs centaines de Rohingyas à fuir le pays : « Ces gens sont tout ce que vous voulez mais certainement pas des sympathisants de groupes terroristes. Ils savent d’expérience ce que cela veut dire d’être sans-abris. Pourquoi compromettraient-ils ce qu’ils ont ici avec quelque chose qui pourraient les mettre eux-mêmes en danger ? »

 

La vallée du Cachemire, à la frontière du Pakistan et de l’Inde, ne connaît toujours pas la paix, menacée par les violences sectaires qui continuent à se développer dans la région. Des chiffres récents indiquent que 450 personnes ont été tuées dans la partie indienne du Cachemire en 2017, dans une tendance croissante d’incidents violents. Le conflit indo-pakistanais pour le contrôle de la vallée du Cachemire a commencé peu après la division des indes britanniques en 1947. L’Inde comme le Pakistan contrôlent une partie de la région, mais des militants pakistanais luttent toujours pour le contrôle de la région.

 

Umar Manzoor Shah, Mepasie.org (Eglises d’Asie) le 20 février 2018