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L’Organisation de recherche spatiale indienne se prépare à faire ses premiers tours de roue sur la Lune avec sa mission baptisée « Chandrayaan-2 ».

 

Soucieuse de trouver une place digne de son poids démographique et de son potentiel de croissance dans le concert des nations, l’Inde, qui se démène sur la terre ferme pour obtenir un jour un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, s’apprête à vivre une expérience historique dans l’espace. Quatre ans et demi après avoir réussi la prouesse de placer un engin en orbite autour de Mars, l’Organisation de recherche spatiale indienne (Indian Space Research Organisation ; ISRO) se prépare à faire ses premiers tours de roue sur la Lune avec sa mission baptisée « Chandrayaan-2 », mot qui signifie « véhicule lunaire » en sanskrit.

 

Les préparatifs vont bon train au centre spatial Satish-Dhawan de l’île de Sriharikota, le pas de tir des rives du golfe du Bengale. Pour transporter le matériel « 100 % made in India » destiné à se poser sur la Lune, l’ISRO va utiliser la plus puissante de ses fusées, le GSLV Mk II qui, d’ordinaire, place des satellites en orbite géostationnaire.

 

« C’est une mission difficile car, pour la première fois, nous allons envoyer sur la Lune un orbiteur, un atterrisseur et un rover. La date du lancement est prévue courant avril et il faudra un à deux mois à la fusée pour se mettre en orbite autour de la Lune », a précisé, lundi 5 février, le nouveau président de l’agence spatiale indienne, Kailasavadivoo Sivan, dans le Times of India. Auparavant, l’atterrisseur avait été éprouvé sur une maquette reproduisant les cratères du sol lunaire.

 

A la différence de la mission Chandrayaan-1 qui avait consisté, en 2008, à tourner autour de la Lune, Chandrayaan-2 - imaginée à son commencement, en 2007, dans le cadre d’un partenariat avec l’agence spatiale russe, qui a fait long feu – vise cette fois à alunir. « Après avoir atteint l’orbite lunaire à une altitude de 100 kilomètres, le lanceur larguera l’atterrisseur qui entamera alors une descente contrôlée pour se poser en douceur près du pôle Sud de la Lune », indique-t-on au siège de l’ISRO, à Bangalore.

 

S’il parvient à se poser sans encombre, l’atterrisseur pourra alors libérer un rover à six roues, d’une masse de quelques dizaines de kilogrammes et alimenté par des panneaux solaires, pour partir en exploration sur environ 200 mètres « en mode semi-autonome », c’est-à-dire en partie piloté depuis la Terre. Les instruments scientifiques qui équipent les différents segments de la mission seront notamment chargés d’observer le sol pour en faire une reconstitution 3D. Ils enverront aussi des données sur l’exosphère, la minéralogie et les éventuelles traces d’eau que l’on peut trouver sous forme de glace.

 

Conquête spatiale à bas coût

 

Chandrayaan-2 est un projet hautement stratégique pour New Delhi : non seulement c’est la première fois qu’un engin va se poser sur la Lune, depuis la mission chinoise Chang’e-3 de 2013, mais, surtout, l’autre géant d’Asie qu’est l’Inde souhaite se distinguer par une conquête spatiale à bas coût. « L’ingénierie frugale », comme disent les scientifiques de Bangalore. S’agissant de Chandrayaan-2, l’ISRO, dont le budget s’élève cette année à 90 milliards de roupies (1,14 milliard d’euros), n’avance pas de chiffre officiel. Mais, selon la presse indienne, le coût de la mission, qui durera deux semaines, devrait être compris entre 91 et 93 millions de dollars (entre 73,2 et 74,8 millions d’euros).

 

Ce projet constitue une nouvelle illustration des ambitions du sous-continent, après le lancement très remarqué, en février 2017, de 104 satellites autour de la Terre en un seul coup, et la tentative réussie, en mai 2016, d’envoyer dans la haute atmosphère une mini-navette spatiale. L’Inde veut clairement faire partie du club très restreint des pays capables d’aller sur la Lune, grâce au travail « acharné et brillant » des ingénieurs de l’ISRO, salué en ces termes à plusieurs reprises par le premier ministre, Narendra Modi. Question de prestige. Mais aussi parce que Chandrayaan-2 est « une étape-clé pour l’avenir spatial du pays, notamment pour les nouvelles missions à venir sur Mars », écrivait, fin janvier, Lhendup Bhutia, éditorialiste à l’hebdomadaire Open.

 

Guillaume Delacroix, Le Monde.fr (Sciences et techno) le 12 février 2018