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Le premier ministre indien Narendra Modi vient de terminer une tournée en Palestine et dans le Golfe. Les buts sont divers mais l’ambition est la même : faire passer le message que l'Inde est un partenaire de choix pour l'avenir ; et politiquement assez souple.

 

 

 

Avant d'entamer sa tournée diplomatique au Moyen-Orient,  Shri Narendra Modi a rencontré ces dernières semaines de très nombreux chefs d'états d'Asie du Sud et du Sud-est, mais également Benjamin Netanyahu, en visite en Inde il y a trois semainesAvant d'entamer sa tournée diplomatique au Moyen-Orient, Shri Narendra Modi a rencontré ces dernières semaines de très nombreux chefs d'états d'Asie du Sud et du Sud-est, mais également Benjamin Netanyahu, en visite en Inde il y a trois semaines• Crédits : HANDOUT / PIB - AFP

 

 

 

Cette visite – première d'un chef de gouvernement indien dans les territoires palestiniens – prend d’abord une dimension diplomatique : c’est un geste de soutien symbolique dans le contexte actuel, même s’il reste prudent. Mahmoud Abbas a demandé à l’Inde de s’impliquer plus directement dans un processus multilatéral de négociations, mais le soutien indien annoncé reste économique et relativement limité, 40 millions de dollars sur plusieurs années. De même, Narendra Modi s’est abstenu d’une visite en Israël, ce qui est assez rare, mais Benjamin Netanyahu était à New Delhi fin janvier et l’Inde reste le premier acheteur d’armes pour l’Etat israélien.

 

Souplesse diplomatique, et ouverture économique affichée : cette tournée intervient à un moment où l’Inde monte en puissance sur la scène internationale. Narendra Modi a prononcé le discours d'ouverture à Davos et l’Inde est invitée d'honneur au World Government Summit qui vient de se tenir à Dubaï : c’est le retour du thème de « India Shining » développé en 2004. Avec une croissance annoncée à plus de 7% en 2018 , l’Inde se démarque et séduit les investisseurs, ce qui est une priorité pour Modi.

 

"La formule-clef de la diplomatie indienne en Asie, c'est l' "Indo-Pacifique", un concept australien ; et ce mouvement vers le Moyen-Orient et les Etats du Golfe correspond plutôt à un rééquilibrage des ambitions régionales" Jean-Luc Racine

 

S’il s’agit de resserrer des liens pour sécuriser la croissance économique du pays, cet élan vers l’Ouest renvoie aussi à une volonté plus continue de l’Inde de peser de plus en plus dans son espace régional, voire mondial. Sa population de 1,3 milliards d’habitants pourrait dépasser celle de la Chine vers 2024. Cette « Nouvelle Inde » invoquée par Modi l’année dernière, de plus de 300 millions de pauvres et près de 500 millions de chômeurs, s’apprête à voter aux élections générales de l’année prochaine 2019.

 

Ce mouvement à l’Ouest est-il un moyen pour l’Inde de se repositionner face à l’Est asiatique, de chercher des leviers de croissance ? Cette visite montre en tous cas un parti BJP très nationaliste, mais aussi très pragmatique politiquement : « Ouvrir les fenêtres de la maison pour laisser celle-ci être traversée par les vents », avait dit Narendra Modi à Davos, en citant Gandhi. Que peut apporter cette stratégie ?  

 

Xavier Martinet, France Culture.fr le 12 février 2018 ?