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La police indienne a ouvert une enquête contre une journaliste suite à un article affirmant que la confidentialité de la gigantesque base biométrique Aadhaar, qui recense plus d'un milliard d'Indiens, était compromise.

 

Les forces de l'ordre ont indiqué lundi à l'AFP avoir lancé une procédure pour fraude, faux et usurpation d'identité contre une reporter indienne du quotidien anglophone The Tribune.

 

Dans un article publié la semaine dernière, le journal disait avoir eu accès aux données personnelles (nom, adresse, téléphone, etc.) de détenteurs de la carte Aadhaar via un portail fourni par un intermédiaire sur Whatsapp contre la somme de 500 roupies (6,5 euros).

 

Un scoop qui vaut à la publication et son employée d'être accusés d'"avoir illégalement acheté un service (...) offrant un accès sans restriction aux détails de n'importe lequel du plus d'un milliard de numéros Aadhaar créés en Inde jusqu'ici", selon la plainte déposée par les autorités.

 

Ces poursuites ont déclenché un tollé dans les médias qui les perçoivent comme une attaque contre la liberté de la presse.

 

Cette affaire s'inscrit dans le contexte d'un vif débat autour de la vie privée lié à l'importance grandissante d'Aadhaar ("fondation" en hindi) dans la société indienne.

 

Lancée en 2009 et fonctionnant à l'origine sur la base du volontariat, Aadhaar émet une carte d'identité fondée sur les données biométriques (empreintes digitales, iris, etc.). Elle était présentée comme un moyen de fournir un moyen d'identification aux populations les plus modestes, qui n'ont souvent pas de papiers officiels, et leur faciliter ainsi l'accès aux services et aux subventions.

 

Mais Aadhaar est devenue ces dernières années obligatoire pour un nombre croissant de services de la vie de tous les jours comme l'ouverture d'un compte en banque, le paiement des impôts ou le passage d'examens. Cette centralisation inquiète ses détracteurs qui y voient l'émergence d'un "Big Brother".

 

La procédure engagée contre l'employée de The Tribune "est clairement destinée à intimider une journaliste dont l'enquête sur le sujet servait hautement l'intérêt général", a dénoncé la publication dans un communiqué.

 

L'Inde est classée au 136e rang sur 180 du baromètre de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF).

 

AFP, in L’Orient le Jour.com (Liban) le ! janvier 2018.