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         Le pays s'est fixé l'objectif d'atteindre une capacité installée solaire de 100 GW d'ici à 2022, contre 20
                                                                environ aujourd'hui. - AFP

 

 

Alors que New Delhi planche sur un plan d'aides au secteur, les fabricants doivent gérer l'effondrement des prix tout en investissant dans la recherche et l'automatisation.

 

Campé au milieu de l'usine, dans un espace clos, il déplie ses « bras » et s'empare, après un léger temps d'arrêt, des « cellules » qu'il dépose ensuite avec soin sur une plaque vitrée. Ce robot géant, venu d'Allemagne, est l'une des dernières acquisitions de Vikram Solar, un fabricant de panneaux solaires indiens, implanté dans la zone économique spéciale de Falta au Bengal- Occidental (Est).

« Nous nous sommes récemment dotés de plusieurs robots et souhaitons aller plus loin encore dans l'automatisation », confirme Ivan Saha, le dirigeant du groupe. Car le but affiché est clair : accroître la productivité et réduire sans cesse le coût des panneaux.

« Au fil des années, cela nous a permis de doubler notre capacité de production de 200 à 400 mégawatts environ pour atteindre 1 gigawatt en 2017 », poursuit-il. 

100 GW d'ici à 2022

Derrière le conglomérat Adani, Vikram Solar est aujourd'hui le second équipementier en panneaux solaires de l'Inde. Une gageure dans un pays encore très dépendant d'une Chine, plus compétitive, qui fournit plus de 70% des modules du pays.

La part dévolue aux Indiens ne serait en effet que d'un peu plus de 10%. Selon les chiffres du ministère des énergies nouvelles, l'Inde compterait 115 producteurs de panneaux et 30 de cellules photovoltaïques ce qui correspondrait à une capacité respective d'environ 8 et 3 gigawatts (GW). 

Et, ce alors qu'en parallèle, le pays s'est fixé l'objectif d'atteindre une capacité installée de 100 GW d'ici à 2022, contre 20 GW  aujourd'hui. « La capacité de production domestique est clairement sous-dimensionnée par rapport aux ambitions du gouvernement », déplore Manu Bishnoi, directeur en Inde de la PME française Technique Solaire. 

Trop peu de fabricants

Sans compter que la dépendance ne se limite pas à la quantité des panneaux. Mais concerne aussi la technologie. « A terme cela risque de devenir critique si les Chinois sont les seuls fabricants de cellules photovoltaiques, ils peuvent tout bloquer », estime un expert français.

L'Inde compte très peu de groupes en mesure de produire des cellules photovoltaïques. « Des sociétés indiennes investissent en vue de réaliser ces cellules elles-mêmes, et certaines y parviendront peut-être l'an prochain, dévoile un ingénieur indien du secteur, mais cela ne résoudra pas tout le problème, car toutes les matières premières viennent de Chine, et avec les prix qui baissent, les investissements que font les société n'ont pas réellement de sens », ajoute-t-il. 

1,7 milliards de dollars de financement direct

Conscients des enjeux, le gouvernement a mis sur la table en décembre un projet prévoyant un ensemble d'aides au secteur. En gros, un plan reprenant l'approche chinoise, en nettement moins ambitieux, et comprenant à la fois des subventions, un financement direct de 1,7 milliard de dollars, des prêts plus avantageux, des exemptions de droits de douane, et, point important, une réduction du prix de l'électricité.

« L'objectif affiché du gouvernement est de bâtir l'ensemble de la filière, de rendre les fabricants indiens plus compétitifs, et ce, dans le cadre de la politique du « Make in India » de relocalisation de la production', résume Raj Prabhu, dans Mercom India, un site spécialisé. 

 

 Les prix sont pour l'heure trop bas 

Un tel programme pourrait attirer des acteurs étrangers en Inde. Plusieurs d'entre eux, Chinois notamment, ont déjà manifesté leur intention de fabriquer sur place. Le dernier en date LONGi mais aussi Trina Solar, le premier producteur mondial de panneaux. Ce dernier a d'ailleurs récemment gelé son projet d'usine de 1000 mégawatts faute, justement, d'incitations de la part du gouvernement indien. « Nous avons décidé de stopper ce projet car les prix sont pour l'heure trop bas », confirme Gaurav Mathur, le responsable des ventes. Si ce programme était appliqué, Trina Solar comme d'autres pourraient cependant vite changer d'avis.

Marjorie Cessac, Les Echos.fr  le 7 janvier 2018