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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

 

 

La centrale thermique de Badarpur à New Delhi - Crédits photo : MONEY SHARMA/AFP

 

La Chine, les États-Unis et l'Europe vont diminuer leur recours au charbon d'ici 2022. Mais en Inde, la consommation continuera d'augmenter rendant presque invisibles les efforts des autres pays.

Se débarrasser de la plus polluante des énergies prend du temps. Certes, la consommation mondiale de charbon faiblit. Elle a diminué de 1,9 % à 5,4 milliards de tonnes en 2016. Au cours des cinq prochaines années, la demande sera quasi stable (+ 0,5% en moyenne par an), ce qui fait qu'en 2022, son niveau sera «à peine plus haut» qu'aujourd'hui, se félicite l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Ce recul ou cette stagnation sont dus à la baisse des prix du gaz, à l'essor des énergies renouvelables et aux programmes d'amélioration de l'exploitation qui ont limité la demande, explique l'AIE dans son rapport annuel sur le marché du charbon.

Le déclin provient aussi largement des efforts de quelques très grands pays, à commencer par la Chine, qui a atteint un pic de consommation en 2013. Le premier utilisateur mondial de charbon verra son usage reculer de 0,1% par an d'ici à 2022. Ce résultat est lié aux nombreuses mesures mises en place dans tout le pays pour diminuer la dépendance au charbon (58% de la consommation électrique) et améliorer la qualité de l'air, déplorable dans les villes. Ce qui n'empêche pas la Chine de participer à la construction de plus de cent centrales à charbon sur les nouvelles routes de la soie (en Égypte, en Bosnie-Herzégovine…) entre l'empire du Milieu et l'Europe, selon le centre de recherche chinois Global Environnemental Institute.

Les États-Unis, autre grand pollueur, diminueront également leur recours au charbon: la consommation augmentera un peu en 2018 avant de fléchir à 469 millions de tonnes en 2022.

L'Europe suivra cette même tendance même si des pays comme l'Allemagne et la Pologne continuent de miser largement sur le charbon.

Explosion démographique

En revanche, l'Asie tirera la demande vers le haut. En particulier l'Inde, dont la consommation augmentera de 3,3 % par an, à 605 millions de tonnes. Le pays en a besoin pour produire de l'électricité avec ses centrales thermiques et pour alimenter son industrie sidérurgique. L'Inde fait pourtant des efforts. Lors de la COP21 en 2015, le troisième pollueur mondial s'est engagé à réduire ses émissions de CO2 de 35 % par rapport à son PIB entre 2005 et 2030. Il prévoit de produire 40 % de son électricité à partir de sources d'énergie non fossiles, contre 30 % aujourd'hui. Mais les autorités indiennes souhaitent faire accéder 100 % de la population à l'électricité (contre 75% aujourd'hui) et elles sont confrontées à une explosion démographique qui en fera, en 2030, le pays le plus peuplé de la planète avec 1,5 milliard d'habitants.

Résultat, les émissions de gaz à effet de serre de l'Inde continueront d'augmenter en valeur absolue au cours des prochaines années, prévoit l'AIE. Et, au final, la part du charbon dans les sources d'énergie utilisées dans le monde ne passera que de 27 % en 2016 à 26 % en 2022. Rien n'aura encore changé ou presque.

Armelle Bohineust, Le Figaro  le 19 décembre 2017