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En dépit d’engagements forts pour réduire ses émissions de carbone et développer les énergies propres, New Delhi peine à se donner les moyens de cette transition.

 

 

La centrale solaire en construction Roha Dyechem à Bhadla, dans l’Etat du Rajasthan s’inscrit dans la volonté du gouvernement indien de développer les énergies propres.

La centrale solaire en construction Roha Dyechem à Bhadla, dans l’Etat du Rajasthan s’inscrit dans la volonté du gouvernement indien de développer les énergies propres. MONEY SHARMA / AFP

 

 

 

L’Inde est « sur la bonne voie pour atteindre » ses objectifs pris lors de la COP21. C’est ce qu’affirme le think tank NewClimate Institute, dans une étude publiée en novembre 2017, en s’appuyant sur les politiques et les mesures mises en place par New Delhi. Le troisième pollueur mondial s’est engagé à réduire l’intensité carbone de son PIB, c’est-à-dire ses émissions de CO2 par point de PIB, de 35 % d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005, alors que ses émissions de gaz à effet de serre devraient continuer d’augmenter en valeur absolue.

 

En 2016, l’Inde est le pays qui a connu l’une des hausses d’émissions les plus élevées (+ 4,7 %), contrairement à celles du Brésil, de la Chine ou des Etats-Unis qui ont légèrement diminué, selon les données fournies par l’Institut de recherche Netherlands Environmental Assessment Agency, organisme dépendant du gouvernement néerlandais. Une hausse qui s’explique par le contexte démographique et économique particulier de ce pays.

 

Le quart de sa population n’a toujours pas accès à l’électricité et, d’ici à 2030, la croissance démographique en fera le pays le plus peuplé de la planète, avec 1,5 milliard d’habitants. Le développement va accélérer l’urbanisation, avec près de 500 millions de citadins supplémentaires d’ici à 2050. Les efforts de l’Inde pour limiter ses émissions vont donc jouer un rôle-clé dans la lutte contre le changement climatique.

 

Energie solaire vs charbon

 

D’ici à 2030, l’Inde s’est engagée à produire 40 % de son électricité à partir de sources d’énergie non fossiles, contre 30 % aujourd’hui. La première étape consiste à générer d’ici à 2022 100 gigawatts (GW) d’électricité à partir de l’énergie solaire, 60 GW à partir de l’éolien, 10 GW à partir de la biomasse et de 5 gigawatts à partir de l’hydroélectrique. Le pays est riche/peut compter sur ces ressources : les Etats du Sud bénéficient d’un ensoleillement quasiment tout au long de l’année, le vent balaie ses 5 000 kilomètres de littoral, et de nombreux fleuves et rivières dévalent du massif de l’Himalaya.

 

Ce sont surtout les fermes photovoltaïques qui se construisent à toute allure, grâce à la baisse des prix des panneaux photovoltaïques produits en Chine, à l’allégement de leurs droits de douane, ainsi qu’aux subventions et exonérations fiscales accordées par le gouvernement. La capacité de production du secteur s’élève à 13 GW, soit 22 % du parc électrique alimenté par des énergies renouvelables. Mais le prix du kWh d’origine solaire a chuté si rapidement que plusieurs Etats ont suspendu leurs appels d’offres dans l’espoir d’obtenir de meilleurs tarifs dans l’avenir.

 

La baisse brutale des prix produit aussi des effets pervers. Sur les dix premiers mois de l’année 2017, les appels d’offres pour la construction de projets solaires, d’une capacité totale de 3,75 GW, ont été attribués contre plus du double de cette capacité, sur la même période de l’année précédente.

 

Le succès des fermes photovoltaïques fait également de l’ombre aux panneaux solaires en toiture. Leur électricité coûte plus cher que celle, subventionnée, des fermes solaires raccordées au réseau, et ils demandent de l’entretien. Les panneaux solaires ne génèrent que 1 GW d’électricité contre un objectif de 40 GW d’ici à 2022. Malgré le décollage des énergies renouvelables, le pays n’est pas prêt à abandonner le charbon. En réalité, l’Inde a besoin de toutes les énergies pour se développer, et le charbon a de beaux jours devant lui. Selon les prévisions du NITI Aayog, le think tank du gouvernement indien, la production d’électricité à base de charbon est passée de 125 GW en 2012, à 192 GW en 2017 et devrait dépasser 330 GW en 2040.

 

Le gouvernement tente de limiter ses émissions de gaz à effet de serre en améliorant l’efficacité de sa consommation énergétique. Ce qui passe par un changement des usages. Il a ainsi lancé un programme pour remplacer le charbon, le bois ou encore la bouse de vache par le gaz comme énergie de cuisson. Quelque 40 % de la population indienne utilise pour se chauffer ou cuisiner des combustibles polluants et dangereux pour la santé. Le gouvernement veut aussi introduire de nouvelles technologies, notamment dans la construction ou l’aménagement de 100 villes intelligentes.

 

Ces dernières pourraient par exemple mettre en place des systèmes d’éclairage public qui se déclencheraient après avoir détecté des piétons. L’Inde a aussi lancé une campagne visant à remplacer les ampoules incandescentes par des ampoules LED dans l’espoir d’économiser 20 GW de production d’électricité par an. Malheureusement, les experts se sont rendu compte que les trois quarts des ampoules LED vendues en Inde étaient des contrefaçons.

 

Nécessaires investissements privés

 

Lors de la COP21, l’Inde a prévenu que le succès de son combat contre le réchauffement climatique dépendrait aussi de l’aide financière et du transfert de technologie des pays développés. Le gouvernement a multiplié par quatre la taxe sur la consommation de charbon, depuis sa création en 2010, pour alimenter son Fonds national pour l’énergie propre. Malheureusement, une partie des 4 milliards de dollars récoltés chaque année est détournée vers des projets qui n’ont rien à voir, comme la protection des tigres et des éléphants ou la dépollution du Gange.

 

« Malgré les programmes existants, les fonds publics restent limités. Les investissements privés doivent être augmentés pour que les objectifs de 175 GW d’énergie renouvelable d’ici à 2022 soient atteints », avertit le réseau Natural Resources Defense Council, basé à New-York, dans une note publiée en novembre 2017. NITI Aayog chiffre ces besoins de financement à 150 milliards d’investissements par an jusqu’en 2040, tous secteurs confondus.

 

New Delhi multiplie les alliances avec d’autres pays dans l’espoir d’attirer les investissements publics et privés. L’Alliance solaire internationale lancée par l’Inde et la France, et qui a été ratifiée par 19 pays, est entrée en vigueur le 6 décembre. Elle devrait faciliter les investissements dans le secteur solaire et aider les pays à adopter les technologies les mieux adaptées.

 

Julien Bouissou, Le Monde.fr  le && décembre 2017.