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·       Le 6 décembre 1992, une foule fanatisée lors d'un meeting nationaliste hindou détruit la mosquée Babri Masjid, à Ayodhya dans le nord de l’Inde.Le 6 décembre 1992, une foule fanatisée lors d'un meeting nationaliste hindou détruit la mosquée Babri Masjid, à Ayodhya dans le nord de l’Inde. | CJP

 

 

 

Le souvenir de la destruction de la mosquée Babri Masjid, à Ayodhya dans le nord de l’Inde, par une foule hindoue fanatisée, hante l’Inde depuis 1992. Un quart de siècle plus tard, il agite encore la campagne électorale dans le Gujarat, où les électeurs votent les 9 et 14 décembre. C’est l’État du Premier ministre Narendra Modi, chantre du nationalisme identitaire hindou.

 

Il y a 25 ans, le 6 décembre 1992, une foule fanatisée lors d’un meeting du Bharatiya Janata Party (BJP, le parti nationaliste hindou), détruisait à mains nues, pierre par pierre, la mosquée Babri Masjid, située dans la ville d’Ayodhya, en Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde. 

 

Les 20000 policiers présents pour encadrer le rassemblement ont laissé faire.

 

La destruction de ce lieu de culte musulman a des répercussions immédiates. En Inde, au Pakistan, au Bangladesh mais aussi au Royaume-Uni, des temples hindous sont attaqués en représailles. Des émeutes entre les deux communautés éclatent un peu partout dans le sous-continent; on dénombre 1500 morts avant que le gouvernement ne reprenne la main. Momentanément. Car l’Inde est pris dans un engrenage de violences jusqu’à l’horreur, en 2002, du pogrom anti-musulman dans le Gujarat (à l’ouest): entre 1000 et 2000 morts, selon les sources.

 

La mosquée avait été construite dans la ville de Ayodhya où Rama serait né.La mosquée avait été construite dans la ville de Ayodhya où Rama serait né. | CJP

 

Le saccage de la mosquée de Babri a changé durablement la politique et la vie en Inde. « Il y a soudain eu 'eux' (les musulmans) et 'nous' (les hindous) dans nos relations. Et ce peu importe si tu étais politisé, religieux ou non. Ce 6 décembre 1992 a aussi été une attaque contre l’idée de l’Inde comme nation séculaire, un jour menaçant pour la stabilité du pays», écrit le journaliste Sanjay Kaw, un quart de siècle plus tard, dans le Deccan Chronicle.

 

Aujourd’hui encore, le souvenir de Babri hante la campagne électorale dans le Gujarat, où les deux communautés votent les 9 et 14 décembre. C’est l’État de Narendra Modi, le Premier ministre indien et chef spirituel du BJP, et le laboratoire de son 'hindouïté'. Des journaux et des blogs, en désaccord avec sa vision nationaliste, publient actuellement des photos de lui datant des années 1990, lorsqu’il posait au côté d’Advani, le leader BJP qui avait galvanisé la foule d’Ayodhya, sans être vraiment inquiété par la justice ensuite. «La confiance des musulmans dans la justice de l’Inde a aussi disparu en 1992», assure le journaliste Apoorvanand.

 

Qu’avait-elle de spéciale cette mosquée pour transformer une différence de foi en haine féroce? Elle était située au mauvais endroit. Elle aurait été construite en hommage à l’empereur moghol Babur, en 1528, sur les décombres d’un temple dédié à Rama, un avatar du dieu Vishnu. Pour les hindouistes modernes, le héros de la grande épopée indienne du Ramayana (un poème qui raconte la légende de Rama et de son épouse Sita) serait né dans cette cité sacrée d’Ayodhya.

 

Selon l’historien français Claude Markovits, ce lieu de culte irrite les hindous depuis la colonisation britannique. Lors du recensement colonial, les hindous ont pris conscience que les musulmans ne représentaient qu’un cinquième de la population du sous-continent. Les revendications identitaires n’ont cessé d’enfler depuis 1925 et ont donné naissance au Bharatiya Janata Party (BJP), émanation politique de groupuscules plus virulents.

 

En 1987, la télévision indienne diffuse une adaptation du Ramayana qui va connaître un succès sans précédent. «Il va transformer Rama, un dieu régional peu vénéré dans le reste de l’Inde, en un véritable dieu pan-indien, explique Claude Markovits. Depuis la colonisation, l’hindouisme qui était une religion sans doctrine et sans église se cherchait une figure historique majeure comme le Christ ou le prophète Mohammed.» Ce fut Rama. Et une mosquée lui faisait de l’ombre.

 

Depuis ce 6 décembre 1992, les figures politiques qui prônent un apaisement entre les deux communautés les plus importantes de l’Inde n’ont pris que rarement la direction du pays…

 

Ouest-France.fr le 6 décembre 2017.