Blue Flower

 

 

 

Poignée de main entre Jean-Marc Janaillac, PDG d'Air France-KLM (à gauche), et Naresh Goyal, président fondateur de Jet Airways, lors d'une conférence de presse à Bombay, en Inde, mercredi. -
 Crédits photo : DANISH SIDDIQUI/REUTERS

 

Il s'allie avec Jet Airways pour concurrencer les liaisons des compagnies du Golfe vers les États-Unis.

Tous unis contre les compagnies du Golfe. Air France-KLM et la compagnie indienne Jet Airways ont signé mercredi un «accord de coopération étendu» créant l'équivalent d'une coentreprise (JV) comme celle qui existe avec Delta Air Lines. Les compagnies partageront recettes et profits en fonction de la croissance générée.

En 2014, Air France-KLM et Jet Airways avaient noué des accords commerciaux  (code share) pour coordonner leurs offres: l'une vend les vols de l'autre pour assurer aux passagers plus de fréquences et de destinations. Le nouvel accord va plus loin, proposant 64 vols hebdomadaires entre les hubs de Roissy Charles de Gaulle et Amsterdam-Shipol et 4 villes indiennes (Dehli, Bombay, Bangalore et Chennai) et donnant accès à 44 villes en Inde et 106 en Europe. Surtout, il marie deux JV pour ouvrir les portes des États-Unis aux passagers de Jet Airways, grâce à l'alliance intercontinentale bâtie avec l'américaine Delta Air Lines. «Nous allons connecter nos réseaux, explique Patrick Roux, vice président d'Air France-KLM en charge des alliances. Comme l'Inde et les États-Unis n'ont pas de liaisons directes, Jet Airways et Delta ne bénéficient pas de l'anti trust immunity. Nous ne pouvons donc pas créer une JV commune comprenant Delta.» Paris, Amsterdam et Londres seront les hubs de correspondance pour les passagers indiens. «Si l'on analyse le marché de l'aérien entre l'Inde et l'Europe, la moitié des passagers se rendent en Amérique du Nord», souligne Patrick Roux.

Au cours des 12 derniers mois, 1,2 million de passagers ont été transportés entre l'Inde et l'Europe par Air France et KLM. L'objectif est d'augmenter ce volume de 40 % en 2018, à 1,7 million. «Avec environ 6 % de part de marché, nous sommes derrière Lufthansa et IAG, mais nous comptons devenir numéro un», affirme Peter Elbers, le PDG de KLM.

Président et fondateur de Jet Airways, Naresh Goyal estime que cet accord apportera à sa compagnie un milliard de dollars de chiffre d'affaires supplémentaire dans les deux ans à venir. «Sept millions de nos passagers sont transportés entre l'Inde et le Golfe, 5 millions avec l'Europe (Royaume-Uni exclu), 2 millions avec le Royaume-Uni et 5,5 millions avec les États-Unis», compte le dirigeant. Un grand nombre des passagers en correspondance dans des villes du Golfe pourrait donc bientôt transiter par Paris et Amsterdam pour se rendre aux États-Unis, ce qu'ils font en grande partie avec les compagnies du Golfe.

Emirates leader en Inde

Air France-KLM et Delta comptent rabattre les prétentions d'Emirates, la compagnie de Dubaï, premier acteur sur le marché indien. Leur JV pourrait représenter un volume global de plusieurs centaines de millions de dollars.

Cette alliance avec la première compagnie indienne internationale est le sixième joint-venture d'Air France-KLM. Les JV entre compagnies aériennes ne sont pas de vraies entreprises, mais des partenariats commerciaux approfondis visant à doper le trafic. Chaque partenaire apporte à l'autre la force de son réseau commercial et ses correspondances vers d'autres destinations. «Les JV sont des entreprises virtuelles, des “non incorporated joint ventures”», explique Patrick Roux. Chez Air France-KLM, de 15 à 20 % du volume d'affaires sont réalisés dans le cadre des JV.

Le plus abouti est celui qu'ont noué Air France-KLM, Delta et Alitalia, auxquelles Virgin Atlantique vient s'ajouter, centré sur les liaisons transatlantiques. Il représente un chiffre d'affaires global de 10 milliards de dollars par an. « Le JV transatlantique englobe des recettes et mobilise des moyens, explique Patrick Roux. Des groupes de travail se réunissent régulièrement et portent sur les ventes, le revenue management, les programmes… Un comité de pilotage formé de dirigeants des compagnies fait vivre ces partenariats. La répartition des recettes est établie en fonction des capacités, c'est-à-dire des avions, mobilisés par les compagnies.»

Air France-KLM a aussi conclu des accords avec les compagnies chinoises China Eastern et China Southern, Air Mauritius et Vietnam Airlines. «Avec les compagnies chinoises, nous n'avons pas encore la même maturité qu'avec Delta, mais cela progresse d'année en année», explique Jean-Marc Janaillac, le PDG d'Air France-KLM. Depuis le joint-venture avec les compagnies chinoises, 400 contrats avec des grands comptes ont été signés.

Valérie Collet, Le Figaro.fr le 29 novembre 2017.