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Ce dimanche, le couple royal, le ministre des Affaires étrangères, les ministres-présidents et 85 CEO s’envolent pour l’Inde. L’objectif de cette visite d’Etat : développer le commerce belgo-indien, avec comme brillante carte de visite le diamant !

L’Inde s’est spécialisée dans la transformation des diamants bruts. Les diamantaires belges  y envoient leurs pierres de moindre dimension et valeur pour qu’elles y soient taillées ou polies.

L’Inde s’est spécialisée dans la transformation des diamants bruts. Les diamantaires belges y envoient leurs pierres de moindre dimension et valeur pour qu’elles y soient taillées ou polies.

 

Septante ans de relations diplomatiques valent bien une visite d’Etat ! Alors après Baudouin et Fabiola en 1970, Albert et Paola en 2008, Philippe et Mathilde s’envolent ce dimanche pour une semaine officielle en Inde. Avec visite privée du Taj Mahal, entretiens au plus haut niveau, dîner d’Etat et protocole maximum.

Mais l’Inde, c’est aussi une croissance économique estimée à 6,8 % en 2017, 1,3 milliard d’habitants, un développement spectaculaire notamment en matière de technologies de l’information, et des besoins énormes en termes d’infrastructures, de gestion des villes, d’assainissement du Gange, de distribution de produits agricoles… Alors le couple royal, le ministre des Affaires étrangères, le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur et les ministres-présidents des entités fédérées emmènent dans leurs bagages 85 CEO, outre 13 recteurs. Car le potentiel économique (et académique) est alléchant. D’ailleurs, si 160 entreprises belges sont implantées en Inde et que 1.403 y exportent leurs produits, 2.055 manifestent de l’intérêt pour cet immense marché. Les Affaires étrangères ne sont pas en reste : après l’ambassade à Delhi et le consulat général à Mumbai, elles ont ouvert un deuxième consulat général à Chennai. Quant à Brussels Airlines, elle relie depuis quelques mois Bruxelles à Mumbai.

Pourtant, il n’est pas forcément aisé de commercer avec l’Inde. En raison de lourdeurs administratives, de complexité fiscale, d’infrastructures insuffisantes…, les négociations indo-européennes piétinant d’ailleurs. Voilà peut-être pourquoi notre commerce extérieur semble davantage tourné vers d’autres marchés en croissance, comme la Chine, notre 10e client… alors que l’Inde est le 8e, et notre 15e fournisseur.

Mais les choses pourraient évoluer.

En 2014, le Premier ministre indien Narendra Modi a en effet lancé un vaste plan d’industrialisation qui se décline sur le thème « Make in India » (« Digital India », Start-up India », « Clean Ganga »…) destiné à attirer les investisseurs étrangers. Plan couplé à des réformes (notamment fiscales) censées faciliter le commerce international. Et ce train-là, la Belgique compte bien le prendre. D’autant que sa balance commerciale avec l’Inde est positive : en 2016, nos exportations représentaient le double de nos importants : 8,1 milliards contre 4,3 milliards. Ce qui faisait de notre pays le deuxième exportateur de l’Union européenne, derrière l’Allemagne et devant la France, et le troisième importateur.

Les diamants : 80 % de nos exportations

Mais notre commerce de marchandises avec l’Inde a une particularité singulière : les diamants (pierres et métaux précieux en fait) représentent… 80,8 % de nos exportations et 41,5 % de nos importations ! En comparaison, les second et troisième secteurs d’exportation font pâle figure : les produits chimiques (dont les médicaments) avec 4,8 %, et les machines avec 3,7 %. C’est dire l’importance du secteur diamantaire dans nos échanges avec l’Inde. Et la porte d’entrée qu’il peut représenter pour d’autres : l’idée de la visite d’Etat est bien de s’appuyer sur le diamant pour introduire d’autres entreprises en Inde. La preuve : sur l’ensemble des sociétés accompagnant Philippe et Mathilde à Delhi et Mumbai, seules trois sont liées aux pierres précieuses. Car la singularité du commerce belgo-indien est aussi un handicap, tant il est dépendant du diamant : une diversification est hautement souhaitable.

En attendant, l’Inde a pris une importance considérable dans le domaine des pierres précieuses. Au point que le quartier diamantaire d’Anvers, souvent qualifié de « quartier juif », est devenu, dit-on, un « quartier indien »… L’Inde n’est pourtant pas un pays producteur de diamants (mais bien de pierres précieuses) ; mais elle s’est spécialisée dans la transformation du diamant : les Belges lui envoient donc leurs pierres de moindre dimension et valeur pour qu’elles y soient taillées ou polies, ce qui nécessite beaucoup de main-d’œuvre – les grosses pierres restant taillées à Anvers. Sachant que le secteur diamantaire représente chez nous 6.600 emplois directs et 26.000 emplois indirects, soit 4 % du commerce belge. Une pépite à préserver, donc.

Ambassadeur du processus de Kimberley

Mais si Anvers est reconnue comme « la » ville du diamant – où sont vendus 80 % des diamants bruts mondiaux et 50 % des diamants polis, excusez du peu –, la Belgique est en pointe à un autre égard : depuis le début, elle se pose en défenseur du fameux « Processus de Kimberley ». Soit le système international de certification des diamants bruts (qui réunit les Etats producteurs, les industriels du diamant et des ONG). Un système imaginé en 2000 pour contrer les « diamants du sang » : c’est-à-dire le commerce de « diamants des conflits » par des mouvements rebelles qui y trouvaient un moyen de financer leurs activités militaires. «  Ce système de suivi, de traçabilité, de contrôle et de certification de Kimberley, reconnu comme hautement fiable, a permis d’assainir le secteur et donne du crédit à la pierre, nous explique-t-on aux Affaires étrangères. Et le centre d’Anvers, où passent tous les diamants entrant et sortant du pays, est reconnu pour ses contrôles efficaces. La Belgique souhaite donc améliorer cette fiabilité un peu partout.  »

Alors les autorités belges poursuivent le combat. Se font, en collaboration avec l’Union européenne, les ambassadeurs du Processus de Kimberley. Tout en aidant les pays producteurs africains en termes de formation, de production artisanale, de droits des travailleurs… Car les revenus tirés du diamant contribuent au développement social et économique de ces Etats. Mais le combat n’est pas terminé. Certains pays producteurs, comme la Russie ou les Emirats, sont moins enthousiastes à l’égard du Processus de Kimberley, qui pourrait s’en trouver fragilisé. Alors la Belgique reprend, encore et toujours, son bâton de pèlerin. Ce 14 novembre, elle organisera ainsi à Bruxelles, pour la première fois, une conférence sur le diamant en Afrique (lire par ailleurs).

570 ans

Mais revenons à la visite d’Etat en Inde : si elle ne sera pas centrée sur le diamant – les relations belgo-indiennes n’ont pas besoin de ce coup de pouce en la matière, elles se portent bien, merci ! –, une table ronde sera tout de même organisée par l’AWDC (Antwerp World Diamond Center). Toujours avec l’ambition, par ailleurs porteuse pour la candidature belge au Conseil de sécurité de l’ONU, de promouvoir les bonnes pratiques diamantaires et de valoriser leur impact sur le développement des pays africains.

Mais nul besoin d’aller si loin pour trouver un impact positif : en 2018, Anvers fêtera les 570 ans de présence diamantaire dans ses murs ! Dix fois plus que les 57 facettes d’un diamant rond-brillant…

Martine Dubuisson, Le Soir.be (Belgique) le 4 novembre 2017.

 

Une conférence sur le diamant à Bruxelles

Toujours avec la volonté de défendre le « Processus de Kimberley » (de traçabilité, certification et contrôle des diamants), la Belgique organisera pour la première fois à Bruxelles, le 14 novembre, une conférence sur le diamant en Afrique. Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, ouvrira la conférence, et Alexander De Croo, ministre de la Coopération au Développement, la clôturera.

Objectif de la rencontre : promouvoir, encore et toujours, la transparence et la bonne gouvernance en matière de pierres naturelles ; réformer le processus de Kimberley pour préserver sa pertinence ; mais aussi évoquer la concurrence que représente, pour les pays africains, la production (surtout américaine) de diamants synthétiques, qui eux, ne sont pas susceptibles d’avoir la couleur du sang… Un argument supplémentaire pour convaincre les pays producteurs de l’importance de la certification des diamants bruts.

Quinze pays ont répondu présents à l’invitation belge, donc huit seront représentés au niveau ministériel. Et on annonce déjà 220 inscrits (Etats, entreprises, ONG).